En solitaire
En solitaire ©
Puisque tout le monde me demandait mon avis sur le dernier film qui se passe pendant le Vendée Globe, je suis donc allée voir « en solitaire », le film de Christophe Offenstein. Alors si vous voulez voir comment on manœuvre un 60 pieds open, c’est le moment. On a utilisé un vrai bateau pour le tournage, celui qui malheureusement n’a couru que deux heures suite à une avarie de quille. Les techniciens ont fait merveille pour cadrer dans un intérieur exigu ou sur le pont, par de conditions parfois musclées, de jour comme de nuit. Là, rien à dire. Sous la direction d’habitués de ce genre de bateaux, pas d’erreurs ou d’invraisemblances. Tout au plus, on notera qu’on voit le héros bien souvent à la barre, ce qui n’est en réalité pas fréquent et peu en train de réparer et bricoler ce qui est le quotidien des marins. François CLuzet est un concurrent assez crédible, obnubilé par ses réglages et le classement. J’ai personnellement apprécié que lorsqu’il vole au secours d’une collègue dont le bateau s’est retourné, il lance un outil sur sa coque pour la prévenir de sa présence…Une petite touche inspirée, sans doute, de mes aventures personnelles quand Giovanni Soldini a fait de même à mon égard !
françois gabart plus jeune vainqueur du vendée globe
françois gabart plus jeune vainqueur du vendée globe © reuters
Pour ce qui est du scénario, c’est plus difficile. En effet, comment raconter ce qui se passe dans la tête d’une personne, seule pendant 3 mois. Comment dire ces moments d’angoisse au classement, ces extases devant une mer en colère ou un ciel plein d’étoiles. Comment expliquer cette tension permanente, seconde après seconde, de la course. Du coup, pour avoir quelque chose à raconter on multiplie les aventures plus ou moins plausibles. Sur une coque en carbone, dans un espace très restreint, il est peu vraisemblable que quelqu’un se glisse à bord… Cela fait un potin fou rien que de toucher la coque, et puisse se cacher, mais où ? Qu’un concurrent en remplace un autre accidenté au pied levé, passe encore ; qu’il soit en tête, il est très fort, mais qu’il revienne encore en tête alors qu’il s’est arrêté plusieurs jours et qu’il a pris des options météo hasardeuses pour essayer de se débarrasser de son passager clandestin, même Michel Desjoyeaux n’y arriverait sans doute pas. De même, une maladie tropicale survenant à un concurrent dont les antécédents sont scrutés à la loupe, c’est tout sauf banal. Bravo la médecin qui pose un diagnostic sans en être plus perturbé que cela. Quand à tenir à deux sur les vivres prévues au compte-goutte pour ne pas peser trop lourd dans un bateau de course. Ils ont dû avoir faim en permanence. En son temps, C[hristian de Chalonge](http://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_de_Chalonge "Christian de Chalonge") avec son film « les quarantièmes rugissants »avait relaté la triche de Donald Crowhurst dans la Golden Globe race, une course ancêtre du Vendée Globe. Il s’était heurté aux mêmes genres de difficultés. Moralité, Une course en solitaire c’est mieux...en solitaire. La réalité y dépasse largement la fiction. C’est peut être une réalité moins palpable et moins télégénique, mais il n’est pas besoin de toutes ces péripéties, de mon point de vue, pour qu’un tour du monde en solitaire soit une histoire exceptionnelle. Dernière chose et là je sais bien que c’est devenu la réalité, mais le nom du sponsor qui apparaît environ trois fois par cadrage finit par donner le vertige et même la nausée. On s’attend presque à le voir tatoué sur le nez du skipper. Ne pas confondre communication et matraquage, un peu de modération ne nuirait pas. Enfin, si vous voulez un aperçu des conditions de Vendée Globe, sans mal de mer, ce film reste pour vous. ### La bande-annonce : ![](http://www.franceinter.fr/sites/default/files/2013/10/31/759390/videos/video-1qsMYyb70Ic.jpg)
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