Plongée dans l’infiniment petit à la découverte des microbes, ces toutes petites bêtes invisibles menaçantes ou très utiles. Pour nous guider: le spécialiste Patrice Debré, professeur d’immunologie à la Sorbonne.

Corona Virus
Corona Virus © Getty / Dowell

Depuis que l’homme existe, il cohabite avec les bactéries, pour le meilleur et pour le pire.

virus et bactéries
virus et bactéries © Getty / In future

Aux yeux du biologiste, la cellule est synonyme de vie. Mais la cellule a des prédateurs : les microbes, autrement dit : les virus, les bactéries et les champignons. Ces microbes, regroupés dans un bestiaire d’une indomptable vitalité, ont des stratégies pour déjouer les systèmes de défense et s’adapter à de nouveaux milieux. 

Nous ne saurions vivre sans les microbes, ils nous font du bien, mais les microbes peuvent aussi nous faire du mal, et être à l’origine d’épidémies. C'est là que l'on constate que les ressources de la nature dépassent souvent l’imagination des scénaristes les plus féconds. Ce que nous vivons avec la Covid 19 en est la preuve. Patrice Debré est l’auteur de nombreux ouvrages parus aux éditions Odile Jacob. Ce spécialiste des microbes a également été ambassadeur de France chargé de la lutte contre le sida et les maladies transmissibles. 

Bons ou méchants microbes

Cellules virales attaquant un brin d'ADN
Cellules virales attaquant un brin d'ADN © Getty

Les microbes peuvent nous détruire, mais nous ne pourrions pas vivre sans eux. 

Il existe trois séries de microbes à ne pas confondre : les virus, les bactéries et les champignons. Certaines catégories de microbes, comme les virus, sont des parasites incapables de survivre seuls car ils détournent l'énergie des cellules à leur profit.  Certains  scientifiques vont même jusqu'à dire que l’homme n’existe que pour permettre aux microbes de survivre. Les bactéries, en revanche, sont capables de se reproduire seules et remplissent de nombreuses fonctions au sein de notre organisme, explique le professeur Debré. Ces microbes pullulent par milliards dans l’obscurité de nos entrailles. Ils nous aident à lutter contre les infections et renforcent notre système immunitaire.

Le génie de Louis Pasteur (1822- 1895)

Louis Pasteur dans son laboratoire
Louis Pasteur dans son laboratoire © Getty / Culture club

Dans une grande armoire, sont réunies toutes les variétés de bouillons que Pasteur invente à mesure qu’il veut identifier un germe. Au fil des ans, se côtoient les bouillons de bœuf, de poule, d’eau de levure, d’eau peptonée, le bouillon alcalin, le milieu neutre, etc. De temps à autre, se produisent des explosions : des bouchons sautent et le liquide bouillant asperge le plafond...

Auteur d’une biographie intitulée Louis Pasteur, aussi documentée que romanesque, Patrice Debré est intarissable lorsque l’on évoque la mémoire du savant. "C'est  Pasteur qui a montré la responsabilité des microbes dans les maladies infectieuses. Il s’est heurté à beaucoup de résistances chez ses confrères qui ne le croyaient pas."

En avance sur son temps et soucieux de l'hygiène, Pasteur refusait de serrer les mains… 

La plupart des maladies infectieuses nous viennent des animaux 

Depuis que l’homme a tenté de domestiquer l’animal, (dès la Préhistoire) les maladies infectieuses ont suivi, raconte Patrice Debré : "Avec le cheval, est arrivé le tétanos, avec le rat, la peste, avec le bœuf, la variole et avec le poulet et le porc, la grippe".  

  • Le cas de la peste
La peste à Marseille en 1720
La peste à Marseille en 1720 © Getty / Michel Serre. photo DEA G Dagli Orti

"Il y a des milliers d’années un microbe se trouvait présent dans le tube digestif des rats. A l’occasion des grandes famines, ce microbe est passé dans le sang de l’animal, puis dans le corps de la puce et enfin vers l’Homme…" Les épidémies de peste du Moyen Âge ont duré des siècles et laissé leur empreinte funeste dans notre Histoire. Dans son roman La Peste, Albert Camus dépeint ce fléau :

Athènes empestée et désertée par les oiseaux, les villes chinoises remplies d’agonisants silencieux, les bagnards de Marseille empilant dans des trous les corps dégoulinants, la construction en Provence du grand mur qui devait arrêter le vent furieux de la peste, les malades tirés avec des crochets, le carnaval des médecins masqués pendant la peste noire, les charrettes de morts dans Londres épouvanté, et les nuits et les jours remplis, partout et toujours, du cri interminable des hommes.

Comment résister aux microbes ?

Le principe de la quarantaine est l’ancêtre du confinement actuel.

Il y a deux moyens de lutter contre la propagation des microbes : le premier est la distanciation physique, le second est lié à notre système immunitaire. "Il existe deux types d’immunités, l’une est innée et s’attaque au microbe dès son entrée dans l’organisme, l’autre, dite "adaptative",  nous permet de lutter contre la maladie par des anticorps ou d’autres types de défense."

Si on a beaucoup progressé dans notre manière de lutter contre les épidémies, on ne peut que déplorer le peu de collaborations et d'interactions entre les différents pays du monde.

Les microbes circulent très vite et, pour éviter que la pandémie se répète, "il faut comprendre sa source" explique l'immunologiste. "N’oublions pas que les virus mutent et ces mutations sont de nouvelles occasions de se propager."

La musique

  • Alain Souchon -  Un terrain en pente
  • Lee Fields / The Expressions - Thinking about you
  • Björk - Virus
  • Gilberto Gil - Toda menina baiana

Archives et extraits sonores

  • Récit du professeur André Soubiran : l’invention de l’hygiène en médecine (archive Ina 1961)
  • Réclame pour le savon Cadum
  • Conférence du docteur Gault sur l’Hygiène (archive Ina 1949)
  • Sujet d’actualité sur la grippe asiatique au japon  (archive Ina 1960)

Référence bibliographiques

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.