Renouons le contact avec la nature à l’écoute de l’écologue Jacques Tassin. Une heure avec un chercheur à l'âme de poète qui nous éveille à la sensibilité des plantes...

Renouer le contact avec la nature...
Renouer le contact avec la nature... © Getty / Cavan images

Pour Jacques Tassin, chercheur écologue au CIRAD, la vision que l’on a de la nature est souvent vieillotte et ringarde. Le chercheur s’intéresse à la nature profonde du végétal et aux liens qui nous unissent aux plantes, à la vie dans son ensemble. Ce naturaliste l’avoue lui-même, il n’est pas un chercheur tout à fait classique et considère que nous avons perdu le contact avec la nature… Jacques Tassin signe un livre paru il y a quelques semaines chez Odile Jacob : Pour une écologie du sensible . Il porte sur le monde végétal un regard à la fois poétique et scientifique.

Les arbres sont des facilitateurs de vie, ils abritent le vivant.

forêt de séquoia, Californie
forêt de séquoia, Californie © Getty / PhotoAlto/Jerome Gorin

Quasi immortel, un arbre de 40 mètres de haut peut atteindre une surface aérienne équivalente à celle de plusieurs stades de football.

Les arbres : une source de jouvence et de bonheur.

Lorsqu’on taille un arbre fruitier, en supprimant une partie de son branchage, cette large mutilation comme n’en pourrait supporter aucun être simple, loin d’être mortelle à l’arbre, lui est au contraire favorable parce que les bourgeons qu’on laisse profitent de la nourriture destinée aux bourgeons enlevés. Henry Fabre (1876)

Admirateur d'Henri Fabre, Jacques Tassin ne se lasse pas de contempler les arbres : "lls ont cette insolente jeunesse, même si leur silhouette est vieillie, leur feuillage est toujours jeune."  C’est à leurs cellules appelées "méristèmes", présentes dans les bourgeons, qu’ils doivent cette miraculeuse vitalité. _Un arbre est un éternel recommencement_. Sans l’intervention de la main de l’homme ou sans catastrophe naturelle, l'arbre est quasi immortel. En témoignent les séquoias de plus de 3000 ans et les arbres de plus de 5000 ans que l’on trouve dans le nord de la Californie.

Contempler les arbres est bon pour le moral...
Contempler les arbres est bon pour le moral... © Getty / ClassicStock / Contributeur

Contempler des arbres est bon pour le moral. C’est ce qu’ont conclu des chercheurs japonais après avoir mesuré le niveau de stress d’individus au terme d’une journée en forêt. Phénomène qui n’étonne en rien Jacques Tassin " Nous sommes des primates, notre corps a été façonné, sculpté par les arbres, nous descendons des arbres, nous avons avec eux une familiarité particulière. "

Les ruses des fleurs

Orchidée attirant un insecte
Orchidée attirant un insecte © Getty / Marc Deville Gamma Rapho

Toutes les fleurs s’évertuent à l'accomplissement de leur œuvre, toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la loi qui les enchaine au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux. Aussi, la plupart ont elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une machinerie, à des pièges qui (…) précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme. Maurice Maeterlinck

Maeterlinck songe alors aux orchidées qui attirent des insectes en mimant l’apparence d’un insecte ou en émettant des phéromones. Les insectes mâles dupés par les fleurs, fécondent alors ces dernières. Jacques Tassin n’en finit pas de s’émerveiller face à cette capacité des plantes à "dialoguer avec l’atmosphère" qu’elle façonne, avec les roches, les insectes, le reste du vivant…

Pour une écologie du sensible

Jacques Tassin sait comment les arbres bougent, pourquoi ils se tiennent droit, quelles sont les stratégies de certaines plantes pour échapper à leurs prédateurs. Mais peut-on parler de mémoire ou d’intelligence dans le monde végétal ? La plante s’adapte, vit en interaction avec son entourage.

Les plantes ont la capacité de dialoguer avec l’atmosphère qu’elle façonne, avec les roches, les insectes, le reste du vivant… elles collaborent avec l’ensemble du monde ! 

Le végétal est en perpétuel recommencement
Le végétal est en perpétuel recommencement © Getty / Ar razaq

Selon lui, il convient mieux de parler de sensibilité que d‘intelligence. Grâce à celle-ci, la plante a une capacité de s’ajuster au monde bien mieux que ne le font les animaux. "Quand je parle de sensibilité, je ne parle pas d’émotion mais de capacité à déployer du sensible. C’est-à-dire suivre un sens, aller de l’avant… _Pour la plante, il s’agit toujours d’un déploiement_, sa croissance est infinie, elle se prolonge dans l’autre. La sensibilité, ce n’est pas seulement la réaction à un stimulus externe mais c’est aller à la quête du monde extérieur. "

La musique :

  • Gaetan NONCHALANT "Gagner son pain"
  • Bob DYLAN "Goodbye Jimmy Reed"
  • CIBELLE "Underneath the mango tree"
  • Angelique KIDJO "Lonlon" (Ravel's bolero)

Archives et extraits sonores :

  • Jean Marie Pelt : les fleurs amoureuses (archive Ina 1980)
  • Philippe Bonduelle :  (archive Ina 1979)
  • Jacques Brosse, naturaliste (archive Ina)
  • Achille Urbain, directeur du Muséum National d'histoire naturelle (Ina 1951)

Références bibliographiques :

  • Pour une écologie du sensible, de Jacques Tassin, éditions Odile Jacob
  • Leçon à mon fils sur la botanique,  Henry Fabre (1876)
  • L’intelligence des fleurs, Maurice Maeterlinck (1907)
  • Le sens de la plante, Raoul Heinrich Francé (1937)

ALLER PLUS LOIN :

Le site du CIRAD : le Centre de coopération International en Recherche Agronomique pour le Développement

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