Océanographe et plongeur passionné, François Sarano sillonne la planète pour observer les cachalots ou les requins. Il milite pour réconcilier les hommes avec ce dernier territoire indompté et nous sensibiliser à la protection des océans.

La société des cachalots : un modèle d’altruisme et de solidarité
La société des cachalots : un modèle d’altruisme et de solidarité © Stephane Granzotto

S'il n’avait pas rencontré le commandant Cousteau François Sarano aurait peut-être passé sa vie au fonds d’un labo. Docteur en océanographie et plongeur professionnel, notre invité a parcouru les mers pendant 13 ans en tant que conseiller scientifique du célèbre commandant Cousteau. Cet homme au joyeux sourire est passionné par la mer et les animaux qui y vivent. Il sillonne les océans depuis plus de quarante ans, il filme beaucoup et prends des photos, pour lui la mer est le dernier territoire sauvage d la planète.   

Extraits de l’entretien : 

Fabienne Chauvière : Vous dîtes vouloir réconcilier l’homme avec la vie sauvage, est-ce que l’on a perdu ce lien? 

François Sarano : 

“C’est sûr ! En vivant dans nos cités ou en nous réfugiant dans nos mondes virtuels on a perdu ce lien essentiel avec la nature. Qui sait encore distinguer une mésange charbonnière d’une Rousserolle effarvatte ?  Qui sait ce que c’est qu’un Gougeon ? Il y avait des millions d’espèces et, aujourd’hui il n’y a plus qu’un fatras de bestioles...  Il faut se nourrir de cette richesse et pour la retrouver, il faut juste prêter attention. A partir du moment où l’on prête attention un monde s’ouvre à nous.” 

F C: Les océans sont-ils les derniers endroits où l’on trouve une vie sauvage ? 

François Sarano :  

Passer sous la peau de la mer, c’est passer au-delà du miroir.  

"Sauvage” : cela signifie libre, indompté, dans les océans il y a toutes sortes d’animaux indomptés...ces animaux ne fuient pas si on sait les aborder. On peut entrer dans ce monde pour connaitre ces animaux, c’est à dire vivre avec eux... Il suffit de se laisser glisser dans le courant au milieu d’un banc de barracudas… l’océan est un endroit où les animaux n’ont pas fait le lien entre l’agression de l’homme et le plongeur. Vous pouvez même parfois croiser une baleine bleue, c’est 30 mètres et 120 tonnes, quand vous êtes à côté d’un animal comme ça pour un instant c’est incroyable...vous êtes le roi du monde ! 

FC : Vous avez bien connu le Commandant Cousteau dont vous avez été le conseiller scientifique... Est-ce lui qui vous a appris à considérer les animaux comme des individus ? 

François Sarano : “ Nous étions assez proches, on se parle beaucoup pendant les longues traversées, c’est toujours émouvant d’évoquer Cousteau. Nous avions un désir d’explorer mais sans laisser au départ assez de place à l’écoute de l’autre. Je crois que Jacques Perrin m’a aussi beaucoup appris dans cette écoute. C’est un long cheminement. “ 

F C : Jacques Perrin évoque l’image d’une mer qui ferait le lien entre les hommes... 

François Sarano : “On est tous un peu parcelle d’océan, cette eau nous unit tous, c’est dans la mer que s’est formée la première cellule, nos larmes salées en sont la trace. Nous sommes donc intimement liés à ce milieu qui couvre la plus grande partie de cette planète. Par ailleurs, il y a une fraternité des gens de mer. En pleine tempête, ce qui nous permet de survivre c’est la solidarité. J’ai vécu des tempêtes et j’ai compris ce que voulait dire l’équipe et l’équipage…” 

FC : Sous la peau de la mer qu’est-ce qu’on voit ? 

François Sarano : “C’est un monde à trois dimensions, on vole, délesté de notre poids. C’est un monde peuplé d’espèces extrêmement variées au milieu desquelles on peut se poser…” 

Les Cachalots : la grande passion de François Sarano 

François Sarano : “Lorsque Irène Gueule tordue la matriarche du clan de cachalots nous accueille, c’est un peu comme quand on passe du temps avec des amis. On partage des moments de leur vie, on est avec eux quand ils allaitent leurs petits ou même quand ils dorment. Je vis ces moments avec tous mes sens. J’accorde beaucoup d’importance au terrain, c’est là que l’on vit les choses. Le savoir ne suffit pas, il faut connaitre. "

"Un cachalot c'est titanesque de tendresse"
"Un cachalot c'est titanesque de tendresse" © Getty / VWPics

Il y a trente ans, on ne pouvait aborder ces animaux marins, ils avaient la mémoire des grands massacres. Aujourd'hui, ils nous ont pardonné et c’est eux qui nous étudient, nous n’avons pas le monopole de la curiosité. 

"Bien sûr, on ne les touche pas, on attend qu’ils nous invitent, nous acceptent. Un jour Le jeune Eliott (un cachalot) est venu à ma rencontre, il a tenté pendant 10 minutes de m’apprivoiser. Au départ j’ai été maladroit, je ne savais pas trop comment réagir, mais on a fini par communiquer avec des cabrioles. C’était incroyable ! “ 

FC : Ces animaux longtemps chassés pour leur huile sont des animaux particulièrement doués.

François Sarano : "Oui ce massacre “industriel” n’est pas loin, il remonte aux années 60 et les cachalots ont failli ne pas en réchapper...  En ce qui concerne leurs incroyables capacités, nous n’avons pas fini de les explorer. On constate des échanges entre les cachalots, mais que disent-ils ? on ne le sait pas. On décèle des complicités inédites, des liens sociaux complexes, il y a une nounou par exemple qui garde jusqu’à 7 petits pour permettre aux mères de partir chasser à 1000 mètres de profondeur. Nous avons vu une mère qui avait perdu son petit, exprimer des accès de rage ou de détresse, puis elle a compensé la perte de son petit en allaitant son petit-fils.  

Les cachalots c’est 50 tonnes de délicatesse. Ils passent beaucoup de temps à se caresser, c’est titanesque de tendresse !  » 

"Nous avons vu aussi un jeune venir à notre rencontre, gueule ouverte pour se faire enlever un hameçon… Si l’intelligence est de vivre en paix ou parvenir à résoudre des problèmes complexes, les cachalots sont formidablement intelligents.” 

Apprendre à connaitre les requins 

Avec son association LONGITUDE 181, F. Sarano mène des campagnes de protection et de sensibilisation au respect de ces animaux à la sombre réputation. 

Requin des Galapagos
Requin des Galapagos © Getty / VWPics

François Sarano : "La peur du requin est déconnectée du danger réel.  Il faut se dégager des préjugés pour aborder de manière rationnelle ces espèces. Les dents de la mer est un film formidable mais tout y relève de la légende, (l’attirance du sang humain par exemple). Dans la réalité, les requins sont des animaux timides et ils ne peuvent engloutir un homme entier…  

On a peur de nos voisins que l’on méconnait et on les affuble de tous les maux, c’est un peu pareil avec les requins 

Un jour, pour le tournage du film de Jacques Perrin, Océans, j’ai pu nager de manière très paisible avec une femelle requin énorme, cela vous réconcilie avec tout.

Les requins ont une fécondité faible et ne supportent pas la prédation que nous leur imposons, ils font partie des espèces en danger. Nous essayons de sensibiliser la population à cesser de manger du requin car c’est la demande qui entraine la pèche. "

Protéger les océans 

L’association Longitude 181 créée par François et Véronique Sarano invite à une nécessaire prise de conscience. 

La suite à écouter... 

La musique : 

  • FEU CHATTERTON : Ecran total 
  • Piers FACCINI : All aboard 
  • Ben HARPER VAITEANI : O vai

Archives et Illustrations sonores : 

  • Le commandant Cousteau interviewé par Luc Bérimont, (Ina, 1956) 
  • Jacques Perin, interviewé par Laurent Goumarre  (France Culture 2010) 
  • Le commandant Cousteau extrait d’Avant Premières  (Ina 1954) 
  • Extrait du documentaire _Le clan des cachalots _ par Stephane Granzotto et François Sarano (Arte 2016)  
  • Extrait du concert-fiction Moby Dick (Herman Melville) adaptation Stéphane Michaka avec l’Orchestre national de France 
  • Bande annonce du film Les dents de la mer de Steven Spielberg (1974) 
  • Extrait de « Heure de culture française » Paul Budker au sujet des requins (ina 1960) 
  • Ina, Jean-Jacques Cousteau Radioscopie  (Ina 1974) 

Aller plus loin 

📖 LIRE :  Réconcilier les hommes avec la vie sauvage, Actes Sud, 2020 

📖 LIRE : Le retour de Moby Dick, Actes sud  

👀 VOIR :  "Le clan des cachalots " de Stéphane Granzotto  (2019,  Arte) 

👀 VOIR : Océans de Jacques Perrin (DVD) 

👀 VOIR et soutenir l’action de l’association LONGITUDE 181 NATURE qui lutte pour la protection des Océans. 

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