Du chant des baleines aux cris des gibbons ou des corbeaux, Loïc Bollache partage son engouement pour les foisonnantes intelligences animales. Même les poissons éprouvent des chagrins d’amour !

"La plupart des animaux ont une certaine forme de syntaxe et un langage"
"La plupart des animaux ont une certaine forme de syntaxe et un langage" © Getty / Harold L Lambert (1953)

Comment pensent les animaux ? Beaucoup d’entre nous aimeraient pouvoir répondre à cette question…  Beaucoup de chercheurs également, comme  Loïc Bollache, naturaliste, professeur d’écologie à Dijon. Sa spécialité : les relations entre les organismes et leur environnement.  Loïc Bollache  aime parler des intelligences animales… celles des mammifères, des oiseaux, des poissons…    Il raconte que grâce aux travaux des chercheurs, on sait  que les bourdons savent tirer sur des cordelettes pour récupérer de la nourriture, que les loups sont capables de se consoler, tout comme les corbeaux. Grâce aux dernières découvertes scientifiques, on commence à pénétrer dans l’intimité des animaux. L’intelligence animale est enfin un sujet dans l’air du temps.  

Extraits de l’entretien : 

Fabienne Chauvière : Ça a commencé quand cette idée d’étudier l’intelligence des animaux ? 

Loïc Bollache : « Je pense que les premiers naturalistes étaient convaincus de l’intelligence des animaux qu’ils étudiaient. »  

Depuis Darwin, on est sensibilisés à l’intelligence animale. 

Auriez-vous un exemple qui traduise l’évolution de notre regard ? 

A partir du moment où on accepte de prendre en compte la douleur éprouvée par les animaux, on change notre positionnement. Certains travaux sur la souffrance des truites ont conduit des pêcheurs anglais à chercher une manière de pêcher ces poissons sans hameçon. 

Au XVIIème siècle on parlait de l’animal machine », au XX éme siècle on était indifférent à la souffrance animale, à partir de quand le regard que l’on porte sur les animaux s’est-il réinventé, est-ce lié à l’apparition de l’éthologie ? 

L’éthologie reste très confidentielle, on a conscience aujourd’hui des émotions éprouvées par les animaux mais pour beaucoup de personnes, l’animal est avant tout un être assujetti aux besoins de l’homme, en tous cas dans les sociétés occidentales. 

Voilà pourquoi il y a encore tant d’élevages intensifs… 

Loïc Bollache :  

On vit dans une hypocrisie totale, il y a énormément d’élevages intensifs mais on cache la souffrance animale,  

Pourtant on peut pratiquer l’élevage à condition de respecter les êtres vivants. 

Parmi les chercheurs qui ont fait avancer notre considération des animaux il y a Konrad Lorenz … 

C’est le découvreur de l’empreinte chez les animaux, il a montré la capacité d’apprentissage des animaux. Il a également souligné la nécessité d’étudier l’animal dans son élément naturel, ce qui change tout par rapport à l’étude en laboratoire. Un groupe de primatologues japonais a fait d’importantes découvertes en étudiant les comportements sociaux des macaques dans la nature. 

Que pensez-vous du regard de Jean de La Fontaine sur les animaux ? 

La Fontaine, c’est l’opposé d’un naturaliste, il attribue aux animaux des qualités humaines, en caricaturant les animaux : Le renard rusé ou le cordeau idiot…n’ont pas grand-chose avec la réalité.  Mais il était sans aucun doute persuadé de l’intelligence des animaux. 

Inventer de nouvelles formes de communication...
Inventer de nouvelles formes de communication... © Getty / Georges Karbus

Quand on parle d’intelligence animale, on pense : mémoire, transmission, langage… 

Oui, la plupart des animaux ont une certaine forme de syntaxe et un langage fonctionnel. Ce qui est intéressant c’est qu’on va devoir imaginer des formes de communication qui n’existent pas chez les humains. 

Y compris avec des animaux tout petits… 

Oui c’est le cas des études de Karl Von Frisch et ses études sur la danse des abeilles vers la fin des années 50. 

De nombreux animaux sociaux ont un langage pouvez-vous nous parler de celui de singes  ? 

Les études chez des cercopithèques en Afrique ont révélé l’existence d’un protolangage, il s’agit d’une association de sons pour indiquer une multitude d’informations, soit une langue avec une vraie syntaxe. Ces animaux communiquent sans se voir, par cris, les informations doivent être suffisamment précises pour leur permettre d’échapper aux prédateurs.  

On voit apparaitre des logiciels censés traduire le langage des animaux, notamment les miaulements des chats… qu’en pensez-vous ? 

Et bien je pense que comme les Suédois sont en train de le découvrir, l’intelligence artificielle va certainement nous ouvrir de nouveaux horizons…  

A force d’étudier le langage des animaux, peut-être découvrirons-nous des chants d’amour ou des réflexions philosophiques… 

Plus on les étudie plus on les considère ? 

Loïc Bollache :  

Nous avons du mal à ne pas mettre de hiérarchie dans le vivant. Pour moi la frontière est floue entre le monde animal et les humains, respecter les animaux comme les humains relève de la même démarche. 

La suite à écouter… 

La musique  :   

  • Jane BIRKIN : Ces murs épais 
  • Thomas FERSEN : La chauve-souris 
  • PRINCE : Born 2 die 

Archives et illustrations sonores  : 

  • Konrad Lorenz, extrait de A quoi pense les animaux ? (Ina, 1964) 
  • Sujet sur Karl Von Frisch et ses abeilles 
  • Le docteur Méry évoque les intelligences animales (Ina, 1959) 

Aller plus loin  

📖 LIRE : Comment pensent les animaux ? Loïc Bollache, Ed. HumenSciences  

🎧 ECOUTER : Les Savanturiers  : Les abeilles avec Julie Carcaud 

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