Julie Carcaud étudie l’intelligence des abeilles, leur mémoire et leurs échanges. Pas plus gros qu’une tête d’épingle, leur cerveau est observé à l’aide de techniques de pointes. Découvrons leurs incroyables capacités cognitives !

L'abeille un insecte magique !
L'abeille un insecte magique ! © Getty / Picture alliance

En 1949, on portait déjà le masque. Mais seulement lorsque l’on s’approchait d’une ruche, pour se protéger d’éventuelles piqûres…  Des abeilles sociales, on a déjà beaucoup dit. Les hommes s’émerveillent depuis longtemps devant ces vies en collectivité qui s’organisent selon des règles invisibles et perfectionnées. Mais de leurs cerveaux, si sophistiqué dans leurs si petites têtes, on ne savait pas grand-chose, jusqu’à de récents travaux.  Nous avons en France des spécialistes réputés pour leur fine connaissance des capacités cognitives des abeilles.  Julie Carcaud est neurobiologiste, chercheuse au Laboratoire Evolution, Génomes, Comportement, Ecologie de l’Université Paris Sud. Elle raconte que les abeilles peuvent manier des concepts abstraits, maîtrisent le zéro, connaissent les couleurs… tout en étant à l’origine de l’exquise saveur du miel.

Extraits de l’entretien : 

Fabienne Chauvière : Qu’est-ce qui vous fascine chez les abeilles sociales ? 

Julie Carcaud : Leur capacité à vivre selon une organisation complexe malgré un si petit cerveau. 

Vous disposez de ruches en laboratoire ? 

 Pas dans le laboratoire mais sur le campus du CNRS. Au sein du laboratoire on réalise des expériences comportementales pour étudier leur mémoire et leur capacité d’apprentissage. On fait aussi de l’imagerie cérébrale, une sorte d’IRM pour voir les zones neuronales activées…

Emmenez-nous au sein d’une ruche…toutes les abeilles n’ont pas le même rôle… 

On y trouve d’abord une reine, la seule capable de se reproduire. Les autres abeilles sont des ouvrières et sont stériles. Les jeunes ont des taches au sein de la ruche comme le nettoyage des alvéoles, elles deviennent ensuite nourrice puis ventileuse, et gardienne pour protéger la colonie des prédateurs, comme par exemple le frelon asiatique. Elles vérifient aussi que les abeilles appartiennent bien à la colonie. Plus elles grandissent plus elles s’éloignent du cœur de la ruche. 

Les abeilles: insectes sociaux
Les abeilles: insectes sociaux © Getty / Malorny

Vous parliez du frelon asiatique, les abeilles ont appris à se défendre ? 

Elles commencent à développer des tactiques mais c’est encore difficile pour les abeilles européennes. Les abeilles asiatiques, elles, ont des tactiques fabuleuses pour en venir à bout. L’abeille utilise un très grand nombre de phéromones, notamment face aux prédateurs. Cela leur permet de se défendre en cas de danger 

Est-ce ce qu’est ce qui étonne les chercheurs, cette grande diversité de comportements 

Tout à fait, c’est fabuleux de voir la variété de messages traduits grace aux phéromones.  

Parlez-nous de la reine… 

Elle est plus grosse, son abdomen est plus évasé, elle pond jusqu’à 3000 œufs par jour. Pour se faire féconder, elle sort de la ruche et rejoint des congrégations de mâles, c’est une sorte de bal au cours duquel elle se fait féconder par une quinzaine de mâles en remplissant sa « spermathèque ». Ensuite elle rentre et reste à demeure pendant le reste de sa vie. La championne de longévité a atteint 8 ans. 

Parlez-nous de la fameuse danse des abeilles… 

Il s’agit d’un langage « iconique », c’est Karl Von Frisch qui le premier a découvert cette forme de communication, découverte qui lui valut le prix Nobel. Cette danse (les abeilles frétillent de l’abdomen) leur permet d’indiquer la direction et la distance vers une source de nourriture. C’est un code révélateur de leur intelligence collective. 

Vous étudiez le cerveau des abeilles mais c’est tout petit… 

On essaie de comprendre quelle zone du cerveau est activée en présence de telle ou telle phéromone et on fait de l’imagerie cérébrale. Le cerveau d’une abeille c’est un peu moins gros qu’une tête d’épingle, il contient 950 000 neurones… 

Plus on découvre de choses, plus on réalise l’étendue des choses à comprendre, c’est la magie de cet insecte ! 

Vous n’hésitez pas à parler d’intelligence collective, les abeilles apprennent ou leur intelligence est-elle innée ? 

Un peu des deux, mais elles apprennent et transmettent des connaissances. On peut leur apprendre à associer une odeur avec une récompense nutritive. Elles ont aussi une capacité cognitive importante, on teste leur mémoire en laboratoire. 

Les abeilles jouent un rôle essentiel concernant la pollinisation de nos cultures…. 

Oui, je précise que les abeilles solitaires et sauvages participent de ce processus. Une abeille qui va prendre du pollen ou du nectar, emmène le pollen sur une autre fleur, assurant au passage la fécondation des plantes. 

Alors ces dernières sont assez menacées, victimes des maladies, des insecticides, du frelon asiatique… 

Oui, tout à fait, les monocultures de plus en plus répandues sont aussi un problème, s’il n’est pas bon pour les hommes de manger toujours la même chose, il en va de même pour les abeilles… 

La suite à écouter… 

La musique :   

  • Gaetan ROUSSEL : Est-ce que tu sais ? 
  • CURTIS HARDING : Hopeful 
  • BOURVIL : Les abeilles 

Archives et illustrations sonores :  

  • Extrait d’un reportage de 1949 auprès d’un apiculteur,  RTF (Ina)  
  • La fécondation artificielle de la reine  (document Ina)...   
  • Bernard Dumortier “Connaissance de l’homme", Karl Von Frisch, 1962, RTF  
  • Lecture d’un Texte de Fénelon sur les abeilles (XVIIème) 
  • Les abeilles policières, Treize heures de France 2, 2010     

Aller plus loin  

📖 LIRE : L’abeille et le philosophe,  Pierre-Henri Tavoillot, Ed Odile Jacob 

👀 VOIR : Les abeilles sauvages, ARTE Documentaire 2017 de Jean Hart  

🎧 ECOUTER : L’intelligence des abeilles racontée par Jean-Claude Ameisen 

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