Cynthia Fleury est philosophe et psychanalyste. Dans cette lettre adressée à celle qu'elle sera dans cinq ans, elle dépeint un portrait optimiste du monde de demain, et fait le pari d'une légèreté retrouvée après la pesanteur du confinement.

"Je vogue désormais, sans me demander si le monde s’effondre..."  par Cynthia Fleury
"Je vogue désormais, sans me demander si le monde s’effondre..." par Cynthia Fleury © Getty / PM Images

Commanderie hospitalière de Lavaufranche, le 10 mai 2025,

Très cher, je t’écris cette lettre d’un temps futur, proche et lointain… Il s’est passé 5 ans depuis le confinement. Je t’écris pour te rassurer sur la suite, elle va être splendide, parfois âpre, je ne vais pas te mentir, mais sincèrement elle vaut la peine d’être vécue. 

Je n’ai nulle envie de « spoiler » la chose. Tu verras par toi-même : il va y avoir pas mal de rebondissements, des choses que tu n’imaginais nullement – c’est si rare d’être réellement surpris. 

Allez … tout de même te dire…, car je sais ton angoisse socio-économique, que la société va se relever plus forte et solidaire, que le travail va se réinventer, les gens ont quand même pas mal aimé être chez eux. 

Dis-leur qu’ils vont pouvoir éviter le flex-office, ou alors que la définition du flex-office va être si extensive qu’elle va inclure la maison. 

Dis-leur aussi qu’il y a pas mal de nouveaux métiers qui ont plus la cote, alors qu’ils étaient très dévalorisés, 

Dis-leur que la métropolisation délirante des dernières années a subi un petit revers bien sympathique. Visiblement les gens avaient envie de respirer, de ne pas se sentir piégés. Ce pas de côté dans les territoires donne un nouveau style à nos vies.

Dis à tous ceux qui se sentent saturés qu’ils pourront revendiquer d’avoir du temps.

Je vois ton air sceptique. Tu te demandes si le décompte des morts s’est poursuivi, s’il a été dévastateur. La mort est une chose naturelle, banale et terrible. Que te dire ? La mort existe, mais elle n’a pas été inacceptable, elle-aussi a fini par trouver sa place, la plus minime possible.

Nos enfants vont bien, très bien même. Ils ont récupéré une joie de vivre intacte, ils se racontent leur fierté d’avoir traversé cet inédit. Ils ont terrassé un virus, c’est pas mal, comme départ dans la vie commune.

Et toi ? Toi, tu vas bien. Je vais bien. Je n’ai pas vraiment changé de vie mais j’ai fait le ménage, tu sais celui auquel tu pensais depuis pas mal de temps. Écoute, c’est fait, tu n’auras plus à t’ennuyer avec ça. Te souviens-tu, tu voulais de la rupture, du seuil, un levier pour te déployer… J’ai pris des décisions. Cela n’a pas été simple, surtout au début, car j’étais fébrile, trop prudent avec l’art du changement et puis, je ne sais pas vraiment pourquoi, j’ai décidé, tout ce que tu ruminais depuis longtemps, voilà c’est derrière. Je vogue désormais, sans me demander si le monde s’effondre. La légèreté après la pesanteur.

Voilà quelques nouvelles de ton futur. Je sais que je ne t’ai pas révélé grand-chose mais je voulais déjà te dire que tu as toutes les raisons de tenir, d’avancer, de garder courage. Sois vigilant bien sûr, mais ne te laisse pas bouffer par l’angoisse, les solutions arrivent, tu vas voir, je ne dis rien, allez juste un indice : qu’est-ce que tu vas rire – enfin je crois, moi en tout cas j’ai ri – quand tu vas voir la tête de la solution.

À toi qui n’es pas encore moi…, 

Je te serre fort.

Cynthia Fleury

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