Il ment, mais avec cœur. Il ne connait pas ses dossiers, mais le Président des États-Unis n'en a pas besoin. "Reagan", c'est le titre de cette biographie de Françoise Coste.

Ronald Reagan, Président des Etats-Unis, à la Maison Blanche interviewé par la presse le mercredi 22 Avril 1981
Ronald Reagan, Président des Etats-Unis, à la Maison Blanche interviewé par la presse le mercredi 22 Avril 1981 © Sipa / Michael Evans / NEWSCOM

Comment l’Amérique a élu, deux fois de suite, en 1980 et 1984 un homme ultra charismatique, opposé aux impôts anti-dépense publique de toute sorte, qui savait parler au cœur des américains, « les gens qui travaillent dur » comme il le disait dans ses discours de campagne (pour viser essentiellement les ouvriers et les blancs de la classe moyenne), un homme qui sait dire ce que l'électeur veut entendre, quitte à s’asseoir complètement sur la vérité ?

Toute ressemblance avec un candidat actuel ne serait que fortuite il ne s'agit pas de Donald Trump, mais de ...

Ronald Reagan, tel que Françoise Coste le raconte dans cette excellente et très complète biographie de 600 pages, appelée tout simplement "Reagan".

Le livre a reçu le prix de la biographie politique l'an dernier.

La vie du 40ème président des États-Unis ... Et quelle vie ! Il y a un chapitre qui s'intitule le roi fainéant, où l'on apprend que Reagan ne travaillait pas le mercredi après-midi, il préférait faire du cheval ; le vendredi il ne fallait pas trop compter sur lui non plus : il partait assez tôt en week-end avec Nancy, sa femme. Quand il prend ses fonctions officielles, on lui explique qu'il y a un premier briefing avec un conseiller à 7 H 30, Reagan répond : « Ah ben va falloir qu'il poireaute !». Le président de la première puissance mondiale refusait de se lever tôt, et de fait sous Reagan, le briefing commence à 9 H 30 rien avant ! 8 heures de sommeil était nécessaire pour lui.

Il n'avait pas non plus la réputation de bien connaître ses dossiers.

Pendant la campagne, avant qu'il ne soit élu, il commet quelques bourdes, oh pas grand chose ! confondre par exemple Pakistan et Afghanistan, dire publiquement que la réserve de pétrole des États-Unis est bien plus importante que celles de l’Arabie Saoudite, ou encore : à un journaliste qui lui demande son opinion sur Valéry Giscard d’Estaing qui était le Président de la République Française à ce moment là, Reagan répond : qui ça ?

Une fois président, ses collaborateurs ne savent pas trop comment gérer l'incompétence du bonhomme, jusqu'à ce qu'ils aient la bonne idée d'écrire des pièces de théâtre. Après tout, Reagan était comédien avant d'être homme politique. Ils font donc des répétitions avant les sommets importants. On lui écrit un texte, qu'il apprend par cœur, avec des didascalies « vous entrez dans la pièce, vous saluez les participants... » ils font comme un jeu de rôle avec un collaborateur qui joue Mitterrand, un autre Thatcher et un autre encore Helmut Kohl.

Un président pas très compétent, fainéant, et pourtant aimé des Américains.

C'est aussi ce qui permet de comprendre les américains et leur vote. D'abord Reagan incarne celui qui a réussi, né dans une famille pas très riche, il a traversé le 20ème siècle, né en 1911, mort en 2004 et c'est l'homme qui commence en bas et qui finit tout en haut.

Son père était alcoolique, chômeur. Lui, sort de sa campagne, fait ses premières armes à la radio, journaliste sportif, beau gosse, grand baraqué, il a été maître nageur, il conquiert Hollywood, devient avant la guerre l'un des comédiens les mieux payés du cinéma, Errol Flynn recevait de nombreuses lettres de fans, et juste après c'était Reagan...

Après la guerre, on le voit moins au cinéma, mais beaucoup à la télé dans une série les dimanches qui s’appelait General Electric Theater Pendant presque 10 ans, tous les dimanches, 20 millions d'américains le voyait dans leur salon avec cette émission. General Electric, c'est le nom d'une grosse boite américaine, qui existe toujours et dans son contrat Reagan devait aussi se rendre dans les usines du pays, une campagne avant la campagne. Il sait exactement ce que les ouvriers américains ont envie d'entendre... Eux qui bossent dur, et ne comprennent pas le mouvement contre la guerre du Vietnam, il leur raconte toujours cette même blague : « Le hippie c'est le gars qui s'habille comme Tarzan, qui a les cheveux aussi longs que ceux de Jane, et sent comme Cheeta ! » et puis, il est surtout un homme qui s'arrange toujours avec la vérité. Le pays est en crise mais pas Reagan. Pour lui, tout va bien. Ça n'en fait pas un homme d'état, mais ça fait un homme pour lequel les Américains ont envie de voter.

Et toute ressemblance, avec l'un des candidats actuels à la Maison Blanche ne serait que purement fortuite.

"Reagan" de Françoise Coste est publié aux éditions Perrin

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  • Lenny KRAVITZ

    American woman

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