Il est mort il y a 100 ans, le petit pauvre devenu l'homme le plus lu au monde. Jack London, l'homme du Grand Nord. L'homme dont la vie est un roman. Plusieurs romans, en fait.

Jack London est mort, il y a bientôt 100 ans. C était le 22 novembre 1916. Et à cette occasion, les éditions de La Martinière publie Les Vies de Jack London, un livre de Michel Viotte, avec de très belles et très nombreuses photos dont beaucoup sont signées London. Une fois écrivain reconnu, de nombreux journaux lui ont demandé de couvrir des évènements, la pauvreté à Londres, la guerre en Corée... Il était aussi photographe.

D'ailleurs Jack London a été beaucoup de choses, autant d 'expériences qui ont nourri ses romans, pas un hasard si le livre s'appelle « les vies » au pluriel de Jack London.

A 10 ans, à 10 ans seulement, il a déjà été vendeur de journaux, livreur de glace, balayeur dans les saloons. A cette époque là les enfants des pauvres, c'est de la main d'oeuvre pour les grands trusts industriels. Jack à 14 ans travaille dans une conserverie. 18 à 20 heures par jour.

Les rares moments de libre, soit il lit, soit il fait de la barque avec son père adoptif dans la baie de San Francisco. C'est là qu'un jour il voit un drôle de manège, des bateaux un peu bizarres, qui s'approchent des parcs à huitres et ni vu ni connu embarquent quelques sacs. Les parcs à huitres sont détenus en grande partie par les compagnies ferroviaires. Les huitres se vendent bien au marché noir par ce qui s'appelait à l'époque des pilleurs d'huitres. Une nuit de pillage, c'est un mois de salaire à la conserverie. Donc Jack London, devient pilleurs d'huitres. Et écrivain. C'est là, avec cette expérience qu'il puise l'idée de son premier roman, La Croisière du Dazzler, l'histoire d'un mousse embarqué sur un bateau de pilleurs d'huitres.

A partir de ce moment là, tout ce que vit Jack London finit dans l'un de ses romans. Et des romans, il y en a, des nouvelles aussi, Jack London a une règle de conduite à laquelle il n'a jamais dérogé. Tous les jours, il écrit au moins 1000 mots.

A 17 ans il s'embarque sur bateau pour aller chasser des phoques sur la mer du Japon là encore c'est l'objet d'une histoire Les Morts Ne Se Relèvent Pas. Quelques temps plus tard il part chercher de l'or, dans le grand nord. De là viennent ses romans les plus connus, Croc Blanc et L' Appel De La Forêt, l'histoire d'un chien domestique qui se retrouve dans ce milieu sauvage, le double animal de Jack London. Chercher de l'or au Canada ce n'est pas aller faire du ski aux 2 Alpes : des rivières à traverser, de l'eau glacée, des marches à n'en plus finir, un col à 1000 mètres d'altitude avec une paroi très raide et couverte de glace à escalader, en trimballant tout le matériel du chercheur d'or, les vêtements chauds, la tente... Des hommes meurent d’épuisement de chutes ou sous les avalanches.

Et puis il fait tellement froid. Jack London écrit « une seule nuit au Klondike, c'est comme en passer 40 dans un frigo » Il a cette pensée magnifique, à propos du grand nord « Là, personne ne parle. Tout le monde pense.Chacune prend sa véritable dimension, j'ai trouvé la mienne. »

Il est aussi un voyageur politisé

Il travaille dans plusieurs usines, jusqu'à un ras le bol, un suicide en fait, celui d'un de ses collègues licencié. Lui démissionne. Pour ne plus être pris au piège de ce capitalisme sauvage. C'est le début de sa pensée socialiste. Il prend sa carte au parti Là encore son expérience de vie se transforme en roman, Le Talon De Fer, un livre dans lequel Jack London imagine la prise de pouvoirs par les socialistes des Etats- Unis. Bon ça ne marche pas dans le livre, comme dans la vie, et la classe ouvrière finit écrasée sous le talon de fer des capitalistes.

Beaucoup d'Américains lui reprochent cette pensée trop à gauche, mais en Russie, c'est 30 millions de livres vendus ! Et il paraît même que Lénine sur son lit de mort a demandé à sa femme de lire un passage de Jack London.

Des femmes, il en a eu plusieurs, évidemment, mais celle qui qui a compté, c'est la dernière. Intellectuelle, féministe, engagée, de 5 ans son ainé, elle s'appelle Charmian Kittredge. Ils vivent ensemble une période idyllique à la campagne. Il y a une photo géniale où on les voit tous les deux en train de faire de la boxe. Parce qu'il l'a initiée à son sport préféré. De là un autre livre évidement, La Vallée De La Lune, l'historie d'un couple qui s'exile à la campagne, où il découvre le bonheur de vivre en harmonie avec la nature.

Ce qui n'empêche pas de conserver le goût de l'aventure. Ils font construire un bateau pour faire le tour des iles du Pacifique, les plus sympas comme Hawai, ou Les Marquises mais aussi les plus inhospitalières comme les iles Salamon, à l'époque c'est moustiques et cannibales. Mais des voyages comme ça dans les années 1900, ça use... D'autant, que même s'il fait du sport, il picole pas mal Jack. L'alcool c'est l'objet d'un livre également. Il attrape de nombreuses maladies dans ses voyages. Les reins foutus.

Il disait « la fonction propre de l'homme est de vivre et non d'exister. Je ne perdrai pas mes jours à essayer de prolonger ma vie je veux bruler tout mon temps. » Il a réussi. Il est mort à 40 ans, en étant, au moment de sa disparition l'homme le plus lu dans le monde.

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