Elles sont des milliers à avoir péri sur les bûchers, après avoir été torturées. Les sorcières ont été assassinées avant tout parce qu'elles étaient des femmes.

A quelques jours d'Halloween, je voulais vous parler ce matin de Carole Sandrel ; elle est journaliste, et elle vient de publier "le sang des sorcières" , ces milliers de femmes torturées d'abord, puis brulées vives au 16ème et 17ème siècle, sous prétexte qu'elles étaient loin de Dieu, officiellement. Officieusement, c'est surtout parce qu'elles étaient des femmes qu'on les a assassinées.

La plupart du temps avec un simulacre de procès.

L'auteur raconte celui d'Élisabeth Gewinner, de Gubewiller en Alsace, brûlée le 27 mars 1615, à 75 ans. Elle est riche et mal vue par les concitoyens, alors qu'elle fait tout comme il faut : la messe, les cierges brulés, généreuse pendant les quêtes...

elle est accusé par un villageois d'être une sorcière. Son procès débute. Un autre villageois dit se souvenir :" il y a 20 ou 30 ans j'ai entendu dire qu'elle possédait un racine de mandragore qui la faisait riche" ... un j'ai entendu dire il y a 20 ou 30 ans, c'est quand même mieux que l'adn en terme de preuves.

Et puis s'il n'y a pas de preuves, il y a toujours les aveux.

La pauvre Élisabeth est torturée plusieurs jours, et au bout du 4ème, évidemment, elle avoue tout : " j'ai dansé avec le diable, je m'en souviens bien, c'était vers la chapelle saint Nicolas, ensuite il a pris l'apparence d'un homme normal et il m'a ramenée à la maison sur le dos d'un bouc qui était tout blanc."

Et tant qu'elle y est a avouer :" les orages de grêles qui ont détruit les récoltes, c'est moi aussi !"

Tout ça ce sont les mots d'Elizabeth Gewinner, les traces écrites de ce procès qui n'a de justice que le nom, et encore.

Combien sont mortes ?

L'auteur cite un historien alsacien jacques Roehrig, après un long travail sur les archives il a compté 1604 noms de sorcières et sorciers, parmi lesquels des enfants, uniquement pour l'Alsace.

A coté, le procureur général de Lorraine Nicolas Rémy, dans un livre qui raconte ses œuvres, évoque 900 condamnations de son fait.

Elles sont donc des milliers à avoir péri pour sorcellerie, surtout si on considère que le phénomène a touché l’Europe, l’Allemagne beaucoup, mais aussi les Etats-Unis, vous connaissez évidemment la fameuse histoire des sorcières de Salem où plusieurs femmes ont désignées par les villageois et ont fini sur le bûcher.

Qu'avaient elles fait ? Rien pour la plupart. Dans les villages, il y a toujours eu des femmes qui connaissaient de recettes, des plantes qui soignent. Pendant très longtemps, ça n'a gêné personne mais quand il a fallu christianiser les campagnes en profondeur dire que cette magie thérapeutique, c'est l'oeuvre du diable était bien pratique. Seuls doivent compter les hommes habilités par DIeu, qui ont LE savoir. Pas la petite gueuse là-bas, qui cueille de l'angélique pour faire passer une crise de foie.

On les imagine, vieille méchante, les cheveux hirsutes et gras, avec un gros bouton sur le nez., Jules Michelet l'historien cité dans le livre, dit au contraire « beaucoup ont péri parce qu'elles étaient jeunes et belles »

Ce que raconte le livre c'est que ces sorcières sont avant tout une création de l'homme.

il n'y a eu aucune femme parmi les inquisiteurs, ni chez les démonologues ceux qui prétendaient savoir comprendre et lire le démon qui est en toi.

C'est le pouvoir de la femme qui faisait peur aux hommes.

Il y a derrière tout ça, l'idée de perdre leur puissance. Ce qui perturbaient beaucoup les juges ce sont les prétendues capacités des sorcières à couic couper la zigounette … elles étaient capables de jeter un sort qui nouait l'aiguillette comme on disait à l’époque... alors l'aiguillette ce n'est pas le... l'aiguillette, c'est la braguette... mais voilà si un homme n'est pas capable se sortir ce qu'il faut de sa braguette, quand il le faut, c'est forcément qu'on lui a jeté un sort.

L'auteur publie la liste des questions du tribunal de Baden Baden en 1588 : comment étêtent le pénis du diable et sa semence ? Est ce que le coit avec le diable a donné plus grand plaisir à l'accusée que celui avec un homme normal ? Et enfin cette dernière où tu sens vraiment l'inquiétude du mal dominant... Si le diable l'a fait plusieurs fois au cours de la nuit, est ce que la semence a toujours jailli ? »

d'ailleurs beaucoup de féministes des années 70 se sont réappropriées cette histoire de sorcières pour lui redonner cet éclairage .

De son côté l'auteur parle de crime contre la féminité...

et heureusement que le courant humaniste est arrivée et a mis progressivement fin à ces brasiers qui ont quand même duré plus de deux siècles.

Le Sang des Sorcières par Carole Sandrel aux éditions François Bourin

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