Qualifié de "flaque de boue" et de "littérature putride", le livre paru en 1867 explore les pulsions de son héroïne. L'équipe de "Livre et châtiment" plonge dans ce roman noir et torride avec un mauvais esprit savoureux. Alain Pagès, fin connaisseur de Zola nous éclaire sur ses mystères.

Raf Vallone et Simone Signoret, les amants de Thérèse Raquin par Marcel Carné
Raf Vallone et Simone Signoret, les amants de Thérèse Raquin par Marcel Carné © Maxppp / Picture alliance

Fini de sacraliser benoitement les classiques, "Livre et châtiment" kidnappe les chefs-d’œuvre de la littérature pour leur tordre le cou… 

L’œil mutin, mi voyou mi expert, Clara et son équipe féminine plongent entre les pages de Thérèse Raquin d’Emile Zola, un roman intense qui sonde les pulsions humaines les plus sombres.

Pour éclairer le texte, nous recevons Alain Pagès, historien de la littérature, co-directeur du Centre Zola et auteur de nombreux ouvrages sur l’auteur dont Le Guide Emile Zola (Ellipses), L’affaire Dreyfus. Vérités et légendes (Perrin, 2019) ; Zola et le groupe de Médan. Histoire d’un cercle littéraire (Perrin, 2014).

Pour mener l’enquête, Clara Dupont-Monod s’entoure d’une joyeuse bande de lectrices : Constance (comédienne, auteure et humoriste), Liliane Roudière (journaliste et auteure), Elodie Emery (journaliste), en alternance avec Cécile Coulon (auteure et éditrice).

Livre et châtiment : la seule émission qui ressemble à une scène de crime, avec amour et sans pitié

Résumé de l’intrigue :

« Thérèse est devenue l’épouse de Camille sans l’avoir désiré et semble subir sa vie. C’est bien peu saisir son tempérament, elle qui 'tenait soigneusement cachées, au fond d’elle, toutes les fougues de sa nature'. Alors, quand l’amour s’incarne avec Laurent, le flot des pulsions emporte tout. Et puisque le mari fait obstacle au bonheur, pourquoi ne pas s’en débarrasser ? Mais le crime ne pèse-t-il pas trop lourdement sur les amants pour pouvoir imaginer une fin heureuse ? » Folio Gallimard

Alain Pagès

Thérèse combine la fragilité de Gervaise (L'Assommoir), la force de Denise (Au Bonheur des Dames) et la passion de Nana… elle les réunit, les annonce et de ce point de vue, elle est extraordinaire !

Historien de la littérature, Alain Pagès a fait connaissance avec l’auteur très tôt et continue de le fréquenter avec passion « Zola ne m’a jamais lassé ».

Zola au sujet de Thérèse Raquin :

J’ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair.

Le passage choisi par l’invité : 

Extrait du chapitre XIII (la Morgue)

"Camille était ignoble. Il avait séjourné quinze jours dans l'eau. Sa face paraissait encore ferme et rigide ; les traits s'étaient conservés, la peau avait seulement pris une teinte jaunâtre et boueuse. La tête, maigre, osseuse, légèrement tuméfiée, grimaçait ; elle se penchait un peu, les cheveux collés aux tempes, les paupières levées, montrant le globe blafard des yeux : les lèvres tordues, tirées vers un des coins de la bouche, avaient un ricanement atroce ; un bout de langue noirâtre apparaissait dans la blancheur des dents. Cette tête, comme tannée et étirée, en gardant une apparence humaine, était restée plus effrayante de douleur et d'épouvante."

Alain Pagès : "C’est un roman d’hallucinations, de revenants. Longtemps après l'adaptation de Marcel Carné, un cinéaste coréen s’est emparé du livre pour en faire un film d’horreur peuplé de vampires assoiffés de sang.  (Thirst, ceci est mon sang, 2009)

Thérèse Raquin par Marcel Carné, (1953)

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"Thérèse Raquin est une anti Emma Bovary, elle va vers son désir quand Emma se languit et s’enlise. Il y a cependant des points communs entre les deux héroïnes : toutes deux se suicident, Zola comme Flaubert défendent des personnages éloignés d’eux." Alain Pagès

Constance  

Comédienne, auteure et humoriste (chroniqueuse dans Par Jupiter sur France Inter), Constance vient dépoussiérer les classiques et dérider nos zygomatiques en proposant sa bande annonce du livre, une interview du personnage principal en duo avec Clara Dupont-Monod et un examen à la loupe de la première phrase du roman.

La première phrase du roman : « Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu’on vient des quais, on trouve le passage du pont-Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. »

Chez Zola, chaque mot est correctement aiguisé comme un scalpel, dès la première phrase, ça pue le cul-de-sac à plein nez.

Liliane Roudière   

Journaliste et auteure (cofondatrice de Causette), Liliane Roudière place sous le feu des projecteurs un personnage secondaire, car souvent le secondaire est essentiel ! Cette semaine : Focus sur Madame Raquin, une mère poule ambiguë qui n'est pas pour rien dans le naufrage de la famille Raquin. Elle se penche également sur la question du remords avec un éclairage expert de la journaliste judiciaire Frédérique Lantieri.

Ce roman cauchemardesque est parfois à la limite du fantastique. Une fois le crime accompli, les amants hantés par leur geste ne se retrouvent plus. 

Leurs lèvres étaient si froides que la mort semblait s’être placée entre leurs bouches.

Alain Pagès :  

Sous la plume de Zola, le remords prend une forme physique, cette vision des corps bloqués, dominés par l'inconscient, c'est très moderne, on est proche de ce que découvrira Freud dans ses études avec Charcot. 

Elodie Emery   

Journaliste, Elodie Emery a passé dix ans à couvrir les sujets de société à Marianne, elle est également l’autrice du site Mon amie chômeuse, qui rend service aux personnes débordées par leur travail. Une semaine sur deux, elle scrute le texte à la loupe, munie de son ironie mordante. Cette semaine, elle se penche sur l’usage immodéré de l’adjectif Roide… et nous donne quelques trucs pour évoquer ce livre terrifiant lors des dîners en ville.

La minute farfelue du Libraire  

Les libraires sont nos précieux ambassadeurs et ils en entendent de toutes les couleurs. Chaque semaine, ils partagent avec nous une anecdote désopilante. A tous ceux qui n'osent pas entrer dans une librairie, voici de quoi vous décomplexer ! Cette semaine, Emmanuelle George de la  Librairie Gwalarn  à Lannion (Côtes d’Armor) nous raconte une visite et une requête des plus déroutante… « le couteau de 18h58 »

En partenariat avec la revue Page des libraires. 

Réinventez la fin…  

Parce que Livre et châtiment s’autorise toutes les libertés, vous aussi, prenez la plume et imaginez une autre issue au récit de Zola. Madame Raquin peut danser le mambo seule ou accompagnée, Thérèse ne pas s’être suicidée… bref, imaginez tout ce que vous voulez, pourvu que cela tienne en 5 lignes maximum.  

Ecrivez-nous à livreetchatiment@radiofrance.com le gagnant entendra sa fin lue à l’antenne la semaine suivante. 

La Playlist de l'émission :  

1/ AMY WINEHOUSE : You know I’m no good

2/ NATHANIEL RATELIFF & THE NIGHTSWEATS : Survivor

3/ LA FEMME : Le sang de mon prochain

Aller plus loin :  

📖 LIRE : L’affaire Dreyfus. Vérités et légendes, Alain Pagès (Perrin, 2019) 

📖 LIRE :  Zola et le groupe de Médan. Histoire d’un cercle littéraire, Alain Pagès (Perrin, 2014).

📖 LIRE : Guide Emile Zola, Alain Pagès, Owen Morgan (Ellipses, 2002)

📖 LIRE : Thérèse Raquin édition commentée, Hatier, spécial Bac de Français (2021)

📖 LIRE : Thérèse Raquin, Emile Zola, Folio Gallimard

👀 VOIR : Centre d’étude sur Zola et le Naturalisme

👀 VOIR :  Thérèse Raquin (1953) de Marcel Carné avec Simone Signoret en Thérèse

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