Michaël Mention, Marie-Ange Guillaume et Philippe Delerm : Jacqueline Pétroz nous présente sa sélection des livres de poche de ce début du mois de janvier.

Un polar pour commencer l'année qui nous entraine dans le Paris des Enfants du paradis et de Lacenaire avec "La voix secrète" de Michaël Mention chez 10/18

C'est un roman qui se voit. Michael Mention écrit court et "cinématographique". L'hiver 1835 est bien froid. Dans sa cellule à la Conciergerie, Pierre-Francois Lacenaire écrit ses mémoires en attendant d'être guillotiné. Il bénéficie d'un traitement de faveur, reçoit des amis et se fait livrer ses repas par un grand restaurant. Car Lacenaire est un people, il se veut poète mais c'est bel et bien un assassin qui revendique ses crimes. Un homme raffiné, éduqué, qui fascine par son assurance et son mépris de la société ou qui rebute par sa violence et, en ce début du 19ème, siècle choque par son homosexualité assumée. Parmi ses amis, Pierre Allard, le chef de la sûreté, intrigué par Lacenaire. Il ne va pas hésiter à lui demander son aide pour élucider ces sordides meurtres d'enfants qui terrorisent Paris, de petits travailleurs, retrouvés décapités dans les ruelles sombres du côté des Halles et d'Oberkampf. Or, le tueur reproduit les marques de Lacenaire. Mais les meurtres se multiplient, l'enquête piétine et Allard est suspendu. Lacenaire s'évade et continue l'enquête.

C'est un polar certes mais c'est aussi une plongée dans l'époque de Louis-Philippe durant laquelle la violence politique est omniprésente, avec la répression qui frappe les républicains et en réponse, les attentats sanglants des anarchistes. C'est la misère des ouvriers, le travail des enfants, l'inhumanité des industriels. Et toute une société des bas-fonds ou les bourgeois s'encanaillent et se dépravent. Un roman sombre, un polar efficace, une étude de société, une page d'histoire. Tout y est et on se fait notre film. C'est super bien.

►►► "La voix secrète" de Michaël Mention chez 10/18

En général au nouvel an, on prend de bonnes résolutions comme celle de rester calme avec "Ça m'énerve" de Marie-Ange Guillaume toujours chez 10/18.

On rit beaucoup en lisant ses petits chapitres qui racontent les tracas qui empoisonnent notre journée. Le livreur qui sonne quand on est sous la douche, la vieille dame qui nous raconte inlassablement sa vie, la télécommande qui n'est jamais la bonne, le garçon de café qui ne vous voit pas mais aussi les émissions de télé, les voisins, la famille. Tant de points communs avec nous. On se dit qu'après tout on pourrait en effet éviter de s'énerver car tout cela n'est vraiment pas bien grave. Et il est bon de s'en rendre compte.

►►► "Ça m'énerve" de Marie-Ange Guillaume chez 10/18

On peut aussi se rappeler de tout ce qui est agréable en ce début d'année avec Philippe Delerm et " Les eaux troubles du mojito" chez Points.

Il y a bien sur la célèbre boisson qui donne son nom au livre, à boire avec modération, mais il y a aussi les diners d'été au jardin, la communauté des usagers en temps de grève, les bruits de Venise et une étreinte après 40 ans de vie commune. Des instants dont il faut tirer le maximum. Un livre pas bien épais, à garder près de soi pour conjurer les petits moments de cafard.

►►► " Les eaux troubles du mojito" de Philippe Delerm chez Points

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