Réfugiés et migrants qui arrivent sur les côtes italiennes ou grecques depuis des années sont au cœur de ce roman poignant.

Jusqu'à la fin du livre on ne connaît pas son prénom, juste son métier. Parce que son métier c'est la vue, éclaircir la vision de ceux qui ne voient pas très bien.

Lui non plus au début ne voit pas grand-chose de ce qui l'entoure. Ce n'est pas vraiment de l'indifférence, juste que sa vie suit son cours entre sa femme, ses amis, ses clients. Sur cette île qu'il aime, il rencontre bien de temps en temps en courant sur les côtes des hommes isolés qui lui demandent où ils sont arrivés, mais ce n'est pas si fréquent.

Seulement, ces derniers temps, ils sont de plus en plus nombreux. Un jour habituel, avec sa femme Teresa, ses amis Francesco, Gabriel, Matteo, Elena et Maria, ils partent un beau matin en bateau pour une escapade dans une baie protégée. L'opticien entend le cri des mouettes, ou ce qu'il croit être des oiseaux. Ce sont en fait des appels au secours.

Quand avec ses amis, ils arrivent sur les lieux du naufrage, la mer est couverte de corps après le naufrage d'un bateau de migrants. Ils agrippent des mains, croisent des regards affolés ou résignés, perdent le contact avec ceux qui coulent. Hommes, femmes, enfants. C'est un cauchemar. A l'arrivée des secours ils sont épuisés et le bateau s'agite fortement tellement ils sont nombreux à bord.

Dire que leurs vies va changer est trop simple. Comment peut-on reprendre ses habitudes ? C'est un séisme pour le corps, l'esprit, le cœur. S'ensuit une année de cauchemars, de questionnements, de larmes. Il faudra le retour sur l'île de 3 des 47 personnes qu'ils ont sauvé pour les aider à recommencer à vivre. Dans une cérémonie sobre et intense ils communient avec ces hommes. C'est d'une force incroyable.

Emma-Jane Kirby est journaliste à la BBC et a remporté en 2015, le prix Bayeux des correspondants de guerre pour son reportage sur le sauvetage des migrants en Méditerranée.

Ce livre est né de ce reportage, de sa rencontre avec le véritable opticien et sa femme sur l'île de Lampedusa. Avec eux, Emma-Jane Kirby crie notre honte et pleure notre impuissance. L'opticien le dit "je me sens minuscule" face à ces migrants livrés à la mer et à la peur qu'ils inspirent à l'Europe. C'est un roman court, saisissant, affolant, émouvant.

►►► EN SAVOIR PLUS | L'opticien de Lampedusa d'Emma-Jane Kirby (chez J'ai lu)

Le conseil lecture de la semaine

Dans la collection Le temps retrouvé du Mercure de France, découvrez les Mémoires de Lorenzo Da Ponte, le librettiste de Mozart. Cet homme a eu une vie d'aventurier. L'abbé, qui a fui Venise à cause de sa conduite avec les femmes, finit sa vie à New York comme professeur d'Italien. C'est passionnant.

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