Un roman paru aux éditions Le Passage.

Photo prise le 11 janvier 1961 à Paris de l'écrivain Blaise Cendrars
Photo prise le 11 janvier 1961 à Paris de l'écrivain Blaise Cendrars © AFP / AFP

Un roman singulier ce matin, dont les héros sont Blaise Cendrars et Erik Satie. 

Singulier et formidable. Le roman débute dans une gargote de Montmartre : Le chien qui fume. Nous sommes en 1925 et le bistrot est fréquenté par toute une armée de russes blanc, que l'alcool et la nostalgie ou inversement, entraînent dans de longues nuit de discussions, de souvenirs et régulièrement de bagarres. 

Un soir, un homme amputé d'une main, relève le défi d'Igor Ivanovitch Ivanenko d'un combat au bras de fer. Le colosse russe sera battu par le poète. Car il s'agit de Blaise Cendrars. Ce même Blaise qui dans la soirée, après son exploit, est rejoint par Erik Satie qui le cherche pour une affaire saugrenue. Cendrars a promis de lui écrire un ballet et Satie fou de colère, vient lui révéler que c'est Cocteau qui lui a fauché. Et voilà les deux compères partis dans Paris pour une traversée vengeresse mais surtout surréaliste. 

C'est absolument savoureux. Jean-Paul Delfino restitue la gouaille de l'époque, révèle les petits secrets des uns et des autres. Et l'intrigue nous entraîne de bouges en fêtes, de bistrots en rêves impossibles. La voix rauque de Cendrars et les sautillements de Satie sont truculents et envoûtants. Une fois Cocteau croisé dans un bal masqué organisé par Sonia Delaunay à la Closerie des Lilas, Cocteau ici très antipathique, voilà que le poète et le musicien qui partent à la recherche de Biqui. Satie lui voue un amour tremblant et éternel. Biqui c'est Suzanne Valadon qu'il pas revue depuis 30 ans. 

Ils vont donc courir Paris dans cette nuit froide et belle, de Montparnasse au Père Lachaise ou Cendrars rend un hommage touchant à Apollinaire, de l'Opéra ou l'on rencontre de drôles de tricoteuses, à la place de la Nation. L'équipée passera même par une girafe et une pêche de requin blanc. Ils évoquent et on croise Chagall, Chaplin, Modigliani et tant d'autres. Le poète et le musicien ne sont pas encore des gloires loin de là et sans le sous ils se débrouillent. L'amitié, leurs échanges sur l'art et sur l'époque, la personnalité des deux artistes, si cette épopée n'a peut-être pas eu lieu on a trop envie d'y croire. On sourit avec tendresse en lisant cette folle nuit toute de poésie, d'onirisme et d'émotion.

Autre conseil, "La servante écarlate" de Margaret Atwood dans la collection Pavillons poche chez Robert Laffont.

Ce roman est déjà une série télé largement récompensée en particulier lors de la dernière cérémonie des Golden Globes. Margaret Atwood a écrit ce roman de science-fiction en 2012. Il prend aujourd'hui un sens encore plus percutant. Ces servantes écarlates isolées par la volonté d'un gouvernement, sont "utilisées" pour porter les enfants des familles riches de cet Etat dirigé par une secte. Un roman incontournable, a l'écriture ferme et racée, qui interroge sur la dérive de nos sociétés, sur le regard porté sur le corps des femmes et sur les inégalités entre les sexes. On ne peut plus actuel. 

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