C'est l'un des événements dramatiques qui vont faire le fil conducteur de "Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés". C'est le roman de Jami Attenberg, chez 10/18.

Les foules se rassemblent à l'extérieur de la Bourse de New York pendant le «Jeudi noir» le 29 octobre 1929, jour où Wall Street a connu son pire jour.
Les foules se rassemblent à l'extérieur de la Bourse de New York pendant le «Jeudi noir» le 29 octobre 1929, jour où Wall Street a connu son pire jour. © AFP / UPI

Impossible de ne pas avoir un pincement au cœur en refermant le roman. Parce que Mazie est un sacré personnage.

Elle est une figure du quartier du Bowery, un quartier populaire du sud de Manhattan à New-York. Une reine trônant à la billetterie d'un cinéma "Le Venice". Comment Mazie est-elle devenue ce qu'elle est, c'est ce que nous découvrons dans ce roman choral.

Mazie est née à Boston. A 10 ans, sa sœur aînée Rosie vient la chercher avec la petite Jamie âgée de 5 ans. Installée avec Louis, Rosie ne veut pas les laisser chez ce père qui l'a violée et cette mère qui laisse faire. A travers le journal de Mazie et les souvenirs des habitants du quartier nous revivons avec elle la guerre de 14, la prohibition et le fameux krach de 29.

Mazie est une jeune fille pleine de vie, au fort caractère, qui aime faire la fête, boire et sortir avec les garçons. Le seul qui peut la canaliser c'est Louis. Il lui demande à 19 ans de tenir la caisse du cinéma dont il est propriétaire. Ce sera la chance et le drame de Mazie.

Dans sa cage de verre, elle assiste à la vie du quartier. C'est une rencontre incongrue qui changera tout. Sœur Ti, une religieuse à l'âme pure, la sort de son égoïsme. Elle sera sa seule amie. Car pour Mazie la vie sera cruelle, l'amour ne lui laissera que nostalgie et solitude et elle se sacrifiera pour ses sœurs. Ce cinéma deviendra un refuge pour les soirées froides des sans-abris car Mazie, au moment de la grande dépression, tendra la main à tous ceux que le krach a jeté à la rue, donnant son temps autant que son argent, parcourant le quartier la nuit pour épauler les laissés pour compte. En aidant les autres Mazie apaisera ses blessures sans se poser de questions et deviendra elle aussi un grande âme.

Jami Attenberg ne tombe jamais dans le pathos, l'écriture est fluide, solide, lumineuse ; avec leurs failles, tous les personnages sont profondément humains. Mazie avec ses questionnements, sa rébellion et son empathie sera pour vous aussi un gros coup de cœur.

►►► Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés, de Jami Attenberg, chez 10/18

Le conseil de la semaine

  • Cette semaine a ouvert au Grand Palais l'exposition Gauguin l'alchimiste. Pour accompagner la visite, deux incontournables :

Aux éditions de la Table Ronde (collection de la Petite Vermillon), le texte de Paul Gauguin lui-même : Avant et après. En 1901, l'artiste arrive aux Marquises. Il construit son propre faré, peint et écrit. Il livre le récit de ses exils, de ses combats, de son amitié avec Van Gogh. Sa rage d'haïr comme d'aimer fait d'Avant et après le texte fondateur avant l'exposition. Et puis Je, Gauguin de Jean-Marie Dallet, une autobiographie imaginaire écrite par un admirateur et un habitant des îles, indissociable du peintre.

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