Être un artiste sous Staline, c'était risquer sa vie.

Dmitri Chostakovitch, compositeur
Dmitri Chostakovitch, compositeur © Getty / Library of Congress/Collection : Corbis Historical

Julian Barnes, dans une autobiographie à peine romancée, nous raconte la vie du grand compositeur Dmitri Chostakovitch, entre gloire, peur et honte, dans "Le fracas du temps" chez Folio.

A 3 heures du matin, sur le palier du cinquième étage, devant son appartement, un homme, une mallette avec ses affaires à ses pieds, fume cigarette sur cigarette. C'est un musicien reconnu dans le monde entier et jusqu'à peu apprécié en Union soviétique. Et durant 10 jours, il va rester ainsi toutes les nuits, parce qu'il s'attend à être arrêté, et il ne veut pas être emmené en pyjama sous les yeux de sa femme et de sa petite fille. 

Il y a quelques semaines, le 26 janvier 1936, son opéra Lady Macbeth de Mzensk était joué en sa présence devant Staline et certains hauts dignitaires. Une catastrophe. Mauvaise interprétation, agacement du pouvoir face à sa renommée internationale ou volonté de faire tomber un certain nombre d'amis du compositeur ? 

Toujours est-il que Staline quitte la loge avant la fin et que le lendemain, Chostakovitch est accusé de déviationnisme élitiste et bourgeois dans La Pravda. Dès lors, sa vie est en danger. Quelques jours plus tard, son protecteur et ami, le maréchal Toukhatchesvki, est arrêté, accusé de complot et exécuté. Après des jours et des jours d'angoisse, après avoir été interrogé et menacé, l'étau se desserrera. 

Mais tout le reste de sa vie, Chostakovitch aura peur. Autour de lui, les parents et amis disparaissent les uns après les autres. Le pouvoir fait ainsi régner une terreur réelle et insidieuse. Il redeviendra un compositeur officiel, mais la peur ne le quittera plus. 

Julian Barnes nous perd volontairement dans les méandres de l'esprit de Chostakovitch. On va et vient au gré de ses souvenirs et de sa vie. Les regrets de ces lâchetés, les remords de ces accès de courage, l'homme est là, avec toutes ses failles et son génie. C'est comme lui parfois un peu fouillis, mais Barnes sait nous rattraper par le bout du cœur. 

Chostakovitch finira contraint et forcé d'adhérer au parti et jusqu'au bout de sa vie s'interrogera et se mortifiera sur ses choix. A la lumière de cette vie, on réécoute Chostakovitch différemment. Mais Julian Barnes, à travers cette biographie romancée, nous pose une question essentielle. Et nous, face au tyran, que ferions-nous ?

Autre recommandation 

A quelques semaines du nouveau prix du Livre Inter, le livre lauréat de 2017 "Règne animal" de Jean-Baptiste Del Amo vient de sortir chez Folio.

Un roman qui avait fait sensation parmi nos jurés. Cette histoire retrace sur 5 générations la vie d'une exploitation agricole qui devient un élevage porcin. Un roman qui pose la question de la relation homme-animal, et surtout des dérives de la domination humaine. Dérangeant et très concernant.

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