Des milliers de lecteurs attendent avec impatience la suite de "L'amie prodigieuse", dont le 4e opus sort prochainement. Folio publie l'un de ses premiers romans, "Poupée volée".

Poupée volée, un livre d'Elena Ferrante
Poupée volée, un livre d'Elena Ferrante © Getty / DEA / G. CIGOLINI

Et le talent est déjà là. On veut très vite savoir pourquoi Leda, pendant ses vacances, sur la plage, a pris la poupée d'Elena, provoquant le désespoir d'une enfant de 3 ans.

Leda a quarante-sept ans, ce sont ses premières vacances sans ses deux filles. Âgées d'une vingtaine d'années, elles sont allées rejoindre leur père au Canada. Il y a maintenant longtemps que le couple est séparé. Et cette liberté nouvelle grise Leda. Elle ne se sent pas coupable.

Professeure d'université reconnue, elle s'octroie ses quelques semaines dans une ville balnéaire pour préparer sa rentrée. Installée sur un transat avec les bons soins du jeune et beau Gino, elle ne peut pas ignorer toute la bruyante famille Napolitaine qui vient chaque jour.

Et au milieu de cette agitation, il y a Nina et Elena. Mère et petite fille sont inséparables. Et Nina a l'air si jeune. Au fur et à mesure que les jours passent, elle ne rend toujours pas la poupée, croisant la famille, demandant des nouvelles, comme si de rien n'était. Et Leda s'interroge sur son attitude.

Qu'est-ce que cette poupée peut bien représenter pour elle ?

Difficile pour Leda comme pour nous de le dire. Est-elle jalouse de l'intimité, de la proximité de Nina et de sa fille ? Et pour comprendre, Leda plonge dans sa vie : ses ambitions de jeune fille et d'universitaire qui se brisent sur les récifs du quotidien de son mariage, l'arrivée d'un premier enfant de l'amour, mais d'un second qui représente déjà la lassitude et l'éloignement de son mari.

Elle se reproche, puis excuse la violence du ressentiment envers ses filles et ces trois années où elle est partie, les abandonnant à Gianni avant de découvrir que sans elles, décidément, elle ne pouvait pas vivre sa vie non plus.

Leda nous raconte cette histoire comme a des amis. On ne la juge pas, on l'écoute et elle fait naître des réflexions sur la maternité, la liberté, la réalisation de ses rêves.

Elena Ferrante fouille les circonvolutions du cerveau et du cœur, fait palpiter la chair, électrise les pensées. Finalement cette poupée, pas très belle et abîmée par l'enfant, sera un catalyseur. On pourrait se dire que c'est très introspectif, que cela risque d'être ennuyeux, mais au contraire on dévore le livre.

Le style de Ferrante dans ce roman précédant sa très illustre série est comme une rampe de lancement. Tout y est. Incontournable avant ou après "L'amie prodigieuse".

►►► EN SAVOIR PLUS | Poupée volée d'Elena Ferrante, (chez Folio)

Le conseil en plus

On doit toujours relire Dickens. Et Archipoche continue de rééditer ses œuvres. Après La petite Doritt et Les aventures de Monsieur Pickwick, voici Les temps difficiles, satire du matérialisme de l'ère industrielle. On y retrouve les méchants, les ridicules, les enfants abandonnés, les dandys. Toute une société peut-être pas si éloignée de la nôtre. A méditer.

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