Avec "La Montagne rouge", second volet de la la "saga de la police des Rennes", Olivier Truc nous plonge dans une enquête aux retentissements politiques majeurs.

Troupeau de rennes dans un paysage enneigé
Troupeau de rennes dans un paysage enneigé © Getty / Joao Inacio

Depuis Le dernier lapon, nous suivons les aventures de l'inspecteur Klemet et sa co-équipière Nina. Nouvelle enquête en Laponie dans La Montagne rouge (chez Points).

C'est un squelette bien encombrant que Viktor, le fils de Pétrus trouve un jour de pluie diluvienne sur les terres au pied de la Montagne rouge où paissent les troupeaux de rennes. Mais un squelette sans tête. Et c'est ce que Klemet et Nina vont devoir retrouver. 

Éleveurs de rennes

L'enjeu pourrait être capital. En effet, l'enquête aura un impact sur le procès qui oppose depuis des années les forestiers suédois aux éleveurs de rennes lapons, les Sami. Qui était sur ces terres les premiers, qui a le droit de déforester ou de faire paître ses bêtes ? Et tout s'imbrique, parce que cette tête disparue d'un squelette date du 17ème siècle par les spécialistes, pourrait dire qui a le droit pour lui. 

Nango et Nina vont chercher une aiguille dans une meule de foin. En coulisses bien évidemment, certains s'acharnent à détruire les preuves et à brouiller les pistes. L'enquête est passionnante, on prend conscience de la réalité de la condition des Lapons. Les sombres pratiques des colons arrivant sur leurs terres et considérant le peuple présent comme ignorant et barbare. 

Sous-race

Ils organisèrent un "hold-up" comme le dit Nango Klemet, faisant signer des papiers de cession aux Sami qui ne savaient pas lire le suédois. Et l'on éprouve un véritable malaise en apprenant que les scientifiques suédois du 19ème et début du 20ème siècle furent ceux qui donnèrent de sinistres idées aux nazis en classant et répertoriant les Lapons comme sous-race. On assiste à une confrontation entre universitaires dont les thèses sont surprenantes à notre époque sans oublier l'intrusion dans cette histoire d'un réfugié chinois. 

Bref, La Montagne rouge n'est pas seulement un polar. Comme à chaque fois, Olivier Truc, qui vit à Stockholm, fait de son intrigue une étude de société avec des personnages incroyables : Petrus, le chef Sami, homme de conviction, droit, qui fait tout pour sauver ce qui reste de son peuple, Bertil, le brocanteur-antiquaire, difforme, méchant, inquiétant, le professeur Rogaberg, sale type par excellence, un procureur odieux et Justina, vieille dame faussement fofolle, et bien sur Nango Klemet et Nina. Il ne fait pas si froid dans cet opus et pourtant on a souvent des frissons dans le dos.

► EN SAVOIR PLUS | La Montagne rouge, d'Olivier Truc (chez Points).

Le conseil lecture du week-end

Le prix Nobel de littérature a été attribué cette année à Kazuo Ishiguro, romancier britannique d'origine japonaise. Il est indispensable de lire ses romans, publiés chez Folio

Il ne faut pas manquer Les vestiges du jour qui a été adaptée au cinéma. Il faut lire aussi "Auprès de moi toujours", "Nocturnes, cinq nouvelles de musique au crépuscule" et le dernier en date "Le géant enfoui". Nostalgie teintée d'un bon ton très british, qui cache de réelles blessures. Une écriture élégante et belle. Pour les Nobel, Ishiguro marquera la littérature de notre temps.

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