Qui n'a jamais vu son image de Rimbaud, regard d'adolescent, un baluchon sur le dos ? Ernest Pignon-Ernest est un artiste singulier. Il colle des images sur les murs des villes. Son travail s'inspire des poètes - les seuls, selon lui, à rendre compte correctement de notre temps. Rimbaud, Pasolini, Artaud en étendard.

Ernest Pignon-Ernest, auteur, artiste plasticien, dessinateur, photographe au Festival du Livre de Mouans-Sartoux, dans le sud de la France, le 5 octobre 2019.
Ernest Pignon-Ernest, auteur, artiste plasticien, dessinateur, photographe au Festival du Livre de Mouans-Sartoux, dans le sud de la France, le 5 octobre 2019. © AFP / ERIC DERVAUX / HANS LUCAS

Chez lui, il n'y avait pas de livres. La lecture, qui pouvait paraître sophistiquée, y était même presque méprisée. Mais aujourd'hui, à La Ruche, dans sa cité d'artistes côtoyée par les plus grands tout au long du XXème siècle, sa bibliothèque est remplie. 

Des poètes qui incarnent

Tous les travaux qu'Ernest a réalisé à la Ruche naissent de la lecture des "grands poètes contemporains", Franck Venaille ou encore Christian Bobin et de leur poésie qui "rend le mieux compte de notre temps". Au pied de son lit, on trouve aussi des poétesses comme Alicia Galienne et Marina Tsvetaïeva.

Je me saisis des poètes comme les gens ont pu se saisir des saints pour incarner des valeurs.

L'image la plus diffusée de son travail est celle de Rimbaud, qu'il admire pour sa révolte, pour sa remise en cause fondamentale de l'existence: "Comment écrire après Rimbaud ?"

Les poètes incarnent l'air du temps : "Pazzolini voit venir cet espèce d'appauvrissement de la société, cette transformation anthropologique quand il dit que la télévision va faire plus de mal à notre culture que le fascisme, et c'est un peu vrai". Selon Ernest Pignon-Ernest, Pazzolini nous avait averti. Il le représente d'ailleurs dans son travail, portant son propre corps dans les bras tel une pieta.

Le livre pour se nourrir

Que représente un livre pour Ernest Pignon-Ernest ? Un plaisir souvent, un cadeau qui touche parfois, mais surtout un soucis laborieux où l'on essaye de "chopper quelque chose pour se nourrir". Il le dit lui-même : son travail n'aurait pas été le même sans ses lectures. Le dessin est selon lui une conjonction avec la lecture, c'est "la main à la pensée".

Dire ne plus dessiner, c'est comme dire ne plus écrire

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