Gwenaëlle Boulet a choisi de partager son expérience de parent sur la question des violences sexuelles touchant les plus jeunes, et plus particulièrement l’inceste. Elle explique pourquoi il est aussi important de leur en parler pour les protéger.

Inceste : que peuvent faire les parents pour protéger leurs enfants ?
Inceste : que peuvent faire les parents pour protéger leurs enfants ? © Getty / Imgorthand

Dans ma famille, en colonie ou dans les multiples activités que j’ai pu faire tout au long de mon enfance, j’ai eu la chance d’être épargnée. Je n’ai jamais eu à faire à un geste déplacé ou à un comportement inapproprié ou violent à mon égard.

Alors il y a encore quelques années, au fond de moi, je pensais que cela n’arrivait que dans « certaines » familles, ne sachant pas très bien ce que je mettais derrière ce « certaines »… Mais en gros pas la mienne… J’étais aussi vaguement persuadée que la perversion se lisait sur un visage et que l’on « sentait » quand quelqu’un n’était pas sain avec un enfant ou un adolescent… Bref, tout ceci était tellement inimaginable que je n’y pensais pas.

Et puis, mon regard a changé

Il y a trois ans, dans le cadre de mon travail de journaliste jeunesse, j’ai été amenée à travailler sur ce sujet pour écrire un livret de prévention. Et là, j’ai découvert les chiffres… Et au-delà des chiffres, j’ai découvert toutes ces histoires individuelles… ces vies détruites ou si difficiles à reconstruire… Ces souffrances trainées des années dans le silence ou l’incompréhension des proches. 

J’ai été bouleversée par la culpabilité de ces parents « qui n’avaient pas vu »… et qui étaient pourtant des parents présents, aimants

Au fur et à mesure, j’ai compris que non, malheureusement, la perversion ne se voyait pas sur le visage, que les stratégies de ces adultes déviants étaient souvent infiniment plus subtiles que le simple usage de la force ou de la menace… 

J’ai appris que la question « mais pourquoi tu n’as rien dit ? » était une double peine pour les victimes pour qui la parole et la confiance étaient justement ce qu’on leur avait retiré… 

J’ai appris qu’aucun milieu social, aucune origine, aucune génération n’était épargnés… 

Et que nous, parents, étions parfois fébriles d’envoyer nos enfants en collectivité et leur apprenions à se méfier des inconnus dans la rue, nous n’avions pas conscience que le danger venait majoritairement des cercles proches… 

Comment protéger ses enfants ?

Et bien la première chose, la plus difficile peut-être, c’est de ne pas paniquer et d’affronter le sujet calmement. Car même si on préfèrerait faire l’autruche… nous devons en parler avec nos enfants. 

Leur en parler, c’est les protéger

Comme il ne vous viendrait pas à l’idée d’envoyer votre enfant dans la rue sans quelques règles élémentaires de sécurité routière, on peut donner à nos enfants quelques repères. 

Déjà, en leur parlant de leur corps, de qui a le droit (ou pas) de voir, toucher ou soigner leurs parties intimes… On peut aussi leur parler des gestes qui leur appartiennent et qu’ils sont libres d’accepter ou de refuser. Si être poli peut être une exigence éducative, les bisous, eux, ne sont pas obligatoires avec tout le monde ! Et il y a des gestes qu’aucun adulte ou « grand » n’a le droit de faire avec un enfant ou d’exiger de lui.

On peut aussi aborder la question fondamentale du secret, qui est au cœur des violences sexuelles et de l’inceste : il y a des bons et des mauvais secrets… Et si un grand ou un adulte, même gentil, même que tu aimes, te demande de garder un secret sur quelque chose qui s’est passé entre vous, ce n’est pas bon et il faut en parler.

Nous pouvons aussi poser régulièrement des questions, « mine de rien »… sur ce que l’enfant aime ou n’aime pas partager avec telle ou telle personne… sur la façon dont untel fait les câlins… Il ne s’agit pas de « méfiance »… mais de vigilance… et de faire entrer ces questions dans la sphère de nos discussions pour autoriser la parole à l’enfant.

À nous parents également d’oser demander aux institutions en charge de nos enfants (école, clubs de sport ou culturels, camps de vacances…) ce qui est mis en place pour respecter leur intégrité et sécuriser leurs relations avec les adultes. 

À nous parents enfin, de savoir accueillir une parole qui se libère… aussi imparfaite et laborieuse soit-elle.. aussi inimaginable et douloureuse soit-elle. Car toutes les victimes le disent : 

Si l’acte est traumatisant, ce qui l’est encore plus, c’est de ne pas être cru ou entendu.

Il y a trois ans, quelques mois après la publication de ce livret de prévention dans le journal Astrapi, nous avons reçu la lettre d’une maman qui nous remerciait chaleureusement. A Noël, sa fille de 10 ans était venue la voir avec le petit livret à la main… lui disant qu’elle aussi, il lui était arrivé la même chose que dans le livre… avec un proche de la famille. Inimaginable, encore et toujours. Mais cette petite fille avait trouvé les mots pour en parler… une plainte était posée… un travail d’aide psychologique était entamé… la vie pouvait recommencer.

Alors on ne le redira jamais assez. Prévenir, écouter, faire face, accompagner… Pour lutter contre les violences sexuelles, notre job de parent n’est pas simple mais le pire serait de faire comme si on ne savait pas que oui… cela peut arriver à tout le monde.

Bibliographie

Pour en parler avec les enfants

À partir de 3 ans : 

  • Nikki Luna et Julienne Dadivas : J’aime mon corps de Nikki Luna et Julienne Dadivas (Bayard Edition)
  • Marie Wabbes : Petit doux n’a pas peur (La Martinière jeunesse).
  • Andréa Bescond et Mathieu Tucker : Et si on en parlait ?  (Harper Collins)

Un conte sur l’inceste à partir de 4-5 ans : 

  • Florence Dutruc-Rosset et Julie Rouviere : La princesse sans bouche (Bayard Edition)
  • Mai Lan Chapiron : Le loup (La martinière Jeunesse)
  • Thierry Lenain et Stéphane Poulin : Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte (Edition Les 400 coups)

À partir de 7 ans : 

  • Un livret gratuit à télécharger et 3 vidéos : Le petit livre pour dire STOP aux violences sexuelles faites aux enfants, de Gwénaëlle Boulet, Delphine Saulière et Marie Spénale (Bayard Jeunesse)
  • Jocelyne Robert : Te laisse pas faire ! (Les éditions de L’homme)

À partir de 11-12 ans (à regarder ensemble) : 

  • Film  - Les Chatouilles d’Andréa Bescond

Pour les adolescents : 

  • Les sexotutos sur l’inceste, le consentement, les violences sexuelles - Plateforme Lumni

Pour les parents : 

  • Le documentaire de France 2 "L’enfance abusée" - Youtube
  • Le podcast "Et peut-être une nuit" sur Louie Media
  • Marie Rose Moro et Odile Amblard : "La parole est aux enfants" (Éditions Bayard)