À la veille de la Journée Internationale des Droits des Femmes, force est de constater que la médecine ne se penche pas encore assez sur les spécificités féminines face à la maladie. Elles sont pourtant nombreuses, vis-à-vis du risque d'AVC, accident vasculaire cérébral, notamment.

Une récente étude montre qu'en Allemagne les AVC sont désormais aussi bien pris en charge pour les femmes que pour les hommes. Ce ne fut pas toujours le cas
Une récente étude montre qu'en Allemagne les AVC sont désormais aussi bien pris en charge pour les femmes que pour les hommes. Ce ne fut pas toujours le cas © Getty

Les dernières données en date le confirment, elles viennent de Grande Bretagne, publiées dans la revue scientifique Stroke : les femmes font plus d'AVC, associés à plus de complications, et c'est vrai en particulier dans les catégories sociales les plus défavorisées. Beaucoup de causes peuvent expliquer le phénomène : le surpoids et le diabète, un accès au soin plus difficile. Une forme d'autocensure aussi : les femmes ne s'occupent pas assez d'elles, surtout quand les conditions de vie sont difficiles.

Plus globalement, on ne met pas assez l'accent sur le risque tout particulier des femmes vis à vis des accidents vasculaires, et cela depuis des années. Elles y sont pourtant particulièrement exposées, à certains moments de leur vie, en particulier. L'AVC est d'ailleurs la première cause de mortalité chez la femme dans le monde.

Certains troubles durant la grossesse multiplient ainsi le risque de faire un AVC beaucoup plus tard : "Les femmes qui font de l'hypertension ou du diabète durant la grossesse ont deux fois plus de risque de faire un AVC 20 ou 30 ans plus tard, explique le Professeur Charlotte Cordonnier, chef du service de neurologie au CHU de Lille. Mais on ne leur dit pas assez. Ces femmes-là devraient avoir un suivi adapté autour de ce risque, on devrait surveiller de près leur tension, leur cholestérol, leur poids, ce qui n'est pas systématique. Comme leur diabète disparait après l'accouchement, on les laisse parfois partir sans prendre de précautions." 

À l'heure où l'on fait autant de médecine de précision, c'est incroyable qu'on ne personnalise pas davantage aujourd'hui le suivi de ces femmes.

D'une façon générale, on a trop longtemps considéré que les femmes étaient faites comme les hommes, sans faire suffisamment le distinguo... de leur vécu, de leurs contraintes, de leur caractère, de leur rapport au soin. Longtemps d'ailleurs, les femmes ont négligé leurs symptômes et ne venaient pas forcément à l'hôpital pour un infarctus ou un AVC car elles n'imaginaient pas que ça puisse leur arriver... Biologiquement aussi, elles ne réagissent pas de la même façon et cela dans bien des domaines: "Elles n'ont pas la même coagulation, elles n'absorbent pas les médicaments de la même façon. Il faut intégrer ces spécificité à la façon dont on les soigne", explique encore Charlotte Cordonnier qui déplore que les femmes aient été longtemps négligées dans les essais cliniques

Tout cela est malgré tout en train de s'estomper. Depuis 20 ans à peu près, la femme est en effet mieux prise en compte dans sa singularité. Le mérite en revient sans doute en partie à la féminisation du personnel médical. Et oui, les directeurs de recherche de l'Inserm comptent aujourd'hui beaucoup plus de femmes qui se posent des questions de femmes et qui cherchent à y répondre... tout ça fait évidemment et fort heureusement avancer la cause.