Les neurologues luttent contre une idée reçue et insistent : non, une grossesse n'aggrave pas la progression d'une sclérose en plaques chez une jeune femme. Les patientes peuvent devenir mères sans craindre de faire davantage de poussées évolutives.

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune surtout féminine: elle touche 3 femmes pour un homme
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune surtout féminine: elle touche 3 femmes pour un homme © Getty

Un tiers des femmes atteintes de sclérose en plaques ne veulent pas ou hésitent à avoir des enfants. Et pourtant une grossesse ne modifie pas l'évolution de la maladie, il faut juste la préparer, insistent les spécialistes. Car ces idées reçues peuvent être lourdes de conséquences quand on sait que la sclérose en plaques touche surtout des femmes et des femmes jeunes, avec des diagnostics qui tombent souvent entre 25 et 40 ans. À l'âge précis, où elles peuvent avoir le projet de faire des enfants...

Eviter la grossesse, c'était peut-être ce qu'on leur disait il y a encore une vingtaine d'années, mais désormais le discours est totalement rassurant : il n'y a pas de crainte à avoir, une grossesse ne fera pas empirer leur état, ne fera pas évoluer plus vite la maladie, ne déclenchera pas de poussées plus nombreuses. "Au contraire", insiste le Professeur de neurologie du CHU Lille Patrick Vermersch, la grossesse serait plutôt un épisode apaisant au cours de la maladie, on appelle ça une "lune de miel" : "Il n'y a pas de danger du tout, que les femmes aient un ou deux ou trois ou quatre enfants, ça n'a pas d'incidence de long terme sur l'évolution de leur handicap, on sait même que le risque de poussée est bien moindre durant les 2e et 3e trimestres de la grossesse parce que chez la femme enceinte, il y a un état d'immunotolérance, avec plutôt des rémissions à ce moment-là, elles sont même souvent moins fatiguées, il y a des modifications hormonales pendant la grossesse qui provoquent ces 'lunes de miel'".

Alors pas de contre-indication à la grossesse mais c'est quand même une étape qui se prépare, pour mener le projet, la maladie doit être stabilisée pendant au moins un an, et dans la perspective de la grossesse on va suspendre le traitement durant quelques mois. Tout ça doit évidemment être discuté avec son neurologue.

Patrick Vermersch constate  aussi que beaucoup de patientes redoutent de ne pas pouvoir élever ensuite leurs enfants, de crainte d'être diminuées, voire handicapées. Là encore, il les rassure, les traitements par immunosuppresseurs et immunomodulateurs ont fait beaucoup de progrès ces dernières années. Progrès qui ont fait reculer de plusieurs années l'évolution des formes de sclérose à poussées : "Dans ces formes à poussées, qui constituent 50% des cas, on a fait beaucoup de progrès depuis 20 et même surtout 10 ans. L'évolution des handicaps est bien moindre, avec des handicaps qui arrivent beaucoup plus tard qu'auparavant, et les femmes gagnent facilement 10 années de vie beaucoup plus confortable".

Ce discours rassurant commence à porter : les femmes avec sclérose en plaques faisaient moins d'enfants que la moyenne, elles commencent à rattraper la courbe. On compte en France 100 000 malades à peu près, c'est une maladie surtout féminine, avec 3 femmes touchées pour un homme.