Alors que la santé mentale de beaucoup de jeunes est mise a mal depuis un an avec le Covid, les psychiatres alertent aujourd'hui sur la schizophrénie: attention à ne pas négliger les signes. Repli sur soi, complotisme, ou addiction trop marquée aux jeux vidéos doivent alerter.

Plus de 80% des cas diagnostiqués chez les 15-25 ans
Plus de 80% des cas diagnostiqués chez les 15-25 ans © Getty

On estime que 5 à 700 mille personnes souffrent de schizophrénie en France. C'est une maladie mentale complexe par la multiplicité de ses symptômes, qui peuvent être notamment des bouffées délirantes. Les troubles apparaissent au début de l'êge adulte, et même a l'adolescence: entre 15 et 25 ans dans 85% des cas. Et de façon plus ou moins brutale, comme l'explique le docteur Guillaume Fond, psychiatre a l'hôpital de la conception a Marseille: _"_Il y a deux formes de déclenchement de la maladie. Dans la moitié des cas, le diagnostic va se faire de façon brutale, c'est le coup de tonnerre dans un ciel serein, sans aucun signe annonciateur préalable, avec un épisode psychotique très bruyant, avec beaucoup de délires et d'hallucinations tout d'un coup chez un ado qui était jusque là parfaitement normal... Pour l'autre moitié des cas, les signes apparaissent sur plusieurs années, de façon insidieuse, ça se manifeste souvent par un repli sur soi, qui peut prendre la forme d'une addiction aux jeux vidéos, par des bizarreries dans le comportement qui étonnent les camarades de classe, comme un intérêt subi et poussé pour le paranormal, ou les sciences occultes, et qui coupent d'ailleurs l'adolescent de son entourage, des résultats scolaires qui baissent, des idées délirantes, des problèmes de concentration et de mémoire qui commencent à devenir importants." 

Il y a dans cette maladie des facteurs génétiques, il y a aussi beaucoup de facteurs environnementaux qui peuvent favoriser l'apparition des symptômes. Le tabac, le cannabis, le stress... Et le message de ce médecin, c'est que dans ce moment très particulier du Covid, ou beaucoup de jeunes sont fragilisés par la situation, inquiets aussi... il faut être d'autant plus vigilant face a une modification suspecte du comportement: "Dans cette période de stress effectivement, insiste Guillaume Fond, il faut être attentif a des signes comme le fait de sombrer à fond dans le complotisme, par exemple. Ce qui rend souvent le diagnostic compliqué à ces âges, et ce qui le retarde aussi bien souvent, c'est la consommation de cannabis, car on attribue souvent certains décrochages scolaires ou certains changements de comportement à la consommation de cannabis, alors qu'en sous-jacent, la maladie s'est déjà déclenchée"

Depuis le 1er confinement, impossible de dire s'il y a plus de cas liés au stress de la situation. Pas nécessairement d'ailleurs. Il faudra un peu de temps pour en avoir le recul. Ce qui est sûr, c'est que le 1er confinement a suscité beaucoup d'angoisses chez certains malades déjà diagnostiqués, inquiets d'avoir des rendez-vous ou des groupes de parole annulés, qui n'ont pas toujours bien pris leur traitement, et qui ont d'ailleurs été hospitalisés au printemps dernier.

En tout cas il faut le savoir, la schizophrénie, si elle ne se guérit pas,  se soigne, avec des anti-psychotiques notamment. Ils permettent aux malades qui observent leur traitement de travailler et d'avoir une vraie vie. Dans les faits, malheureusement, peu d'entre eux sont actifs car la maladie rebute souvent les employeurs.  Coté recherche, on se demande toujours évidemment d'ou vient la schizophrénie, ce qui la provoque, la favorise. On se demande même si des virus, comme l'herpes ou pourquoi pas le covid ne pourraient pas en créant de l'inflammation, la déclencher ! Simple hypothèse à ce stade, évidemment. Plusieurs études ont déjà suggéré en tout cas qu'avoir contracté une infection, comme la toxoplasmose, pouvait favoriser l'apparition de la maladie.