40 ans après l'identification du premier cas de VIH aux Etats-Unis, c'était en 1981, on n'a toujours pas trouvé de vaccin. On vous explique pourquoi.

Frein majeur à l'élaboration d'un vaccin: le VIH mute énormément
Frein majeur à l'élaboration d'un vaccin: le VIH mute énormément © Getty

Comme chaque année, ce sont les 3 jours du Sidaction, ces 26, 27 et 28 mars. Et cette année marque aussi les 40 ans de l'apparition du sida. 40 ans plus tard, les traitements ont radicalement modifié l'espérance de vie et la qualité de vie des malades. En revanche, on n'a jamais pu trouver de vaccin, ça parait fou quand on sait qu'il a fallu moins d'un an à en trouver pour le Covid. Pour rappel, 38 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, et 700.000 environ en meurent chaque année.

Quarante ans sans avoir pu trouver de vaccin... ça peut étonner mais ça s'explique: on parle des variants pour le Sars-CoV 2, qui inquiètent parce qu'on en trouve de plus en plus, et qu'ils risquent à terme de résister aux vaccins (on a constaté en effet que le Sud-Africain est plus coriace et peut "échapper" aux vaccins conçus au départ) mais il faut savoir que le VIH est bien pire, c'est un virus qui mute incomparablement plus, et c'est justement l'une des raisons pour lesquelles on a du mal à mettre au point un éventuel vaccin, explique Constance Delaugerre, elle est professeur de virologie à l'Hôpital Saint-Louis à Paris: "Le VIH est un virus très, très, très variable, qui a une capacité à changer son génome de pratiquement 25% tous les mois, il mute à une très grande vitesse, et donc pour faire simple, si vous vaccinez quelqu'un avec un virus bleu alors qu'il rencontre en fait un virus rouge tellement il a changé, forcément ça ne marchera pas. Et on ne peut pas anticiper tous les changements possibles". 

Et cette grande variabilité du VIH n'est pas le seul obstacle, il y en a un autre: on ne sait pas comment induire une protection, explique encore le Professeur Delaugerre : "On sait comment les patients contrôlent le Covid, et le Sars-CoV 2, ils fabriquent des anticorps neutralisants. Et ils guérissent. Sur le VIH, cette guérison n'existe pas donc on n'a pas de modèle, on ne sait pas quels sont ce qu'on appelle les corrélats de protection. On ne sait pas comment on se protège du VIH et donc ce qu'il faut stimuler chez la personne vaccinée pour avoir un effet."

La recherche sur le VIH a malgré tout fait gagner beaucoup de temps face au Covid

Malgré cet échec, la recherche d'un vaccin contre le VIH a servi indirectement à trouver des vaccins pour le Sars-Cov 2. Les plateformes vaccinales, qui travaillaient sur des vaccins recombinants adénovirus ont d'abord été mises en place pour le VIH, avant de s'intéresser ensuite à Ébola, puis Zika puis enfin, le coronavirus. L'expérience acquise au fil des ans a permis d'aller vite sur le Covid.

Dans la lutte sida, faute de vaccin, et en attendant qu'il arrive, il y a malgré tout un puissant moyen de prévention, c'est ce qu'on appelle la Prep,  la prophylaxie pré exposition. Si on est très exposé au risque, ça concerne notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, on prend le même traitement que les malades mais en anticipation, c'est à dire avant les rapports à risque, ça évite d'être contaminé. Ça marche très bien, mais la contrainte des comprimés à prendre selon des protocoles très stricts suscite parfois la lassitude, ce qui est très dangereux car le moindre faux pas peut conduire à être contaminé. Bonne nouvelle : des molécules de dernière génération arrivent et vont considérablement alléger la prise de médicaments. Ça vaut pour la prévention comme pour le traitement. Fini le pilulier avec les comprimés à prendre tous les jours: à l'horizon d'un an ou deux, les prises de médicaments pourront se faire via un implant ou une injection, tous les deux mois. Des essais cliniques sont en cours et semblent d'ores et déjà très prometteurs.