C'est une première en France, et même dans le monde : à Toulouse, un patient atteint d'un cancer ORL a reçu mi-janvier une première dose de vaccin "personnalisé" pour éviter la rechute. Objectif : l'immuniser contre son cancer.

Deux essais viennent de démarrer,  sur des patients atteinst de cancers de la gorge et des ovaires, pour mesurer l'efficacité de ces vaccins "personnalisés".
Deux essais viennent de démarrer, sur des patients atteinst de cancers de la gorge et des ovaires, pour mesurer l'efficacité de ces vaccins "personnalisés". © Getty

On ne parle que du Covid, en ce moment, et pour cause, mais le vaccin, ça peut marcher aussi contre le cancer ! C'est en tout cas le pari que font des équipes d'oncologues à travers le monde, et notamment plusieurs équipes françaises, dont l'institut Curie et l'oncopole de Toulouse. Si l'usage des vaccins a déjà été expérimenté pour traiter le cancer, et cela depuis près de vingt ans, ça n'a jamais été très concluant. Vraisemblablement parce que les vaccins en question étaient trop "généraux", ciblant trop "grossièrement" la tumeur. Et c'est en cela que les vaccins dits "personnalisés" pourraient, on l'espère, faire toute la différence.  Personnalisés, ça veut dire que ces vaccins sont différents pour chaque patient, adaptés à la tumeur de chacun. Des vaccins "à la carte". C'est ce qu'a reçu un premier patient atteint de cancer ORL le 15 janvier dernier à Toulouse. L'objectif étant de l'immuniser contre son cancer pour éviter qu'il ne revienne. Eviter la rechute, donc.

Car finalement, quel est le principe d'un vaccin ? C'est d'apprendre à nos défenses immunitaires à reconnaître un agresseur. Le vaccin, c'est finalement la version gentille de l'agresseur: il en porte toutes les caractéristiques mais sans être dangereux. Du coup, il prépare en douceur notre organisme à reconnaître le danger quand il sera là pour de bon. A ce moment là, la défense sera prête. C'est sur ce principe que marchent les vaccins contre le covid: on apprend a notre organisme à reconnaitre une protéine du coronavirus. Et c'est à peu près la même chose pour le cancer:

Dans ce cas, l'agresseur, c'est la cellule tumorale, que nos défenses ne savent pas reconnaitre, c'est d'ailleurs tout le problème du cancer: nos défenses ne l'identifient pas ce qui lui permet de prospérer tranquille.

Pour fabriquer ce vaccin, on va donc séquencer le génome de la tumeur de chaque patient.

Le vaccin en portera ainsi les principales mutations. Injecté en sous cutané, il permettra au système immunitaire de se préparer a combattre les cellules tumorales qui persistent ou qui reviennent. C'est finalement un booster d'immunité, comme l'explique le Professeur Christophe le Tourneau, en charge des essais précoces à l'Institut Curie qui participe lui aussi a l'essai :"On va identifier pour chaque patient une trentaine de mutations qui caractérisent sa tumeur. C'est très nouveau comme approche parce que c'est un vaccin qui est spécifique à chaque patient. On crée un vaccin spécial pour chacun d'entre eux, car on sait que chaque cancer est différent pour chaque patient. C'est une approche très fine". Si on développe un cancer justement c'est parce que notre système immunitaire n'a pas su reconnaitre le cancer et lutter contre. Là, avec le vaccin, on lui apprend à l'identifier et à le combattre".

Cette toute nouvelle approche, assez révolutionnaire, est développée par une biotech française installée en Alsace, Transgene. A partir du séquençage de la tumeur, ils sont capables de fabriquer un vaccin sur mesure pour chaque patient en quelques semaines.

2 essais sont en cours, avec chacun une trentaine de patients. Essai on l'a vu sur les cancers de la gorge: on teste l'efficacité du vaccin en préventif pour éviter une rechute, ou alors en curatif, juste au moment de la rechute, associé aux traitements standards. L'autre essai concerne des patientes atteintes d'un cancer de l'ovaire, déjà traitées. Le vaccin leur est donné quand les marqueurs sanguins semblent indiquer qu'il va y avoir rechute, c'est pour empêcher le retour des cellules tumorales. Ces deux essais sont des essais de longue haleine, il faudra être patient pour voir si ça marche, les résultats ne sont pas attendus avant 2/3 ans. "On y croit, on espère", explique Christophe le Tourneau. "Aujourd'hui l'immunothérapie fonctionne mais sur peu de patients. En l'associant avec un vaccin comme ceux là, on peut espérer une stratégie thérapeutique plus efficaces".