Il a mauvaise réputation pour l'inflammation qu'il suscite parfois (l'appendicite) et parce qu'on a longtemps pensé qu'il ne servait à rien... Et pourtant, l'appendice pourrait bien être beaucoup plus qu'un vestige anatomique sans intérêt.

L'appendice mesure 3 à 10 cm chez l'homme
L'appendice mesure 3 à 10 cm chez l'homme © Getty

Une information est un peu passée sous les radars cet été : elle nous concerne pourtant tous autant que nous sommes, et mérite qu'on y revienne en cette rentrée de septembre. Figurez-vous que d'après une équipe de l'Inserm, l'appendice, ce petit organe de quelques centimètres situé sur la première partie du gros intestin, et connu pour sa célèbre inflammation, l'appendicite... Et bien, cet organe ne serait sans doute pas aussi inutile qu'on le pensait. Il jouerait même un rôle sur la longévité de l'espèce ! En gros, les espèces qui sont dotées de cet appendice (car ce n'est pas le cas de toutes, loin s'en faut) vivraient plus longtemps que les autres...

Cette petite excroissance d'une dizaine de centimètres a pourtant été longtemps considérée comme un vestige anatomique inutile... voire dangereux puisque l'appendicite, l'inflammation aiguë de cet organe, va conduire environ une personne sur 10 au cours de sa vie à l'hôpital... et mener parfois à des péritonites qui peuvent être fatales.

Cet appendice, d'où vient-il ? 

On sait qu'il est apparu chez les mammifères il y a au moins 80 millions d'années. On le retrouve aujourd'hui chez pas mal d'entre eux, et chez des espèces aussi variées que l'orang-outan, le castor, l'ornithorynque, le koala. Chez l'homme, l'appendice mesure de 3 à 10 cm. Chez certains primates il peut aller jusqu'à 50 cm ! 

Jusqu'à présent, on n'a jamais pu dire à quoi cet appendice pouvait servir, aucune étude n'a permis de le déterminer. On n'est même pas capable de déterminer de façon exhaustive les espèces qui ont, ou pas, cet appendice, car personne n'a réellement cherché. C'est dire le peu de cas qu'on a fait de cet "organe" jusqu'à maintenant. D'où l'importance de cette étude menée par l'Inserm et le Muséum National d'Histoire Naturelle, qui met à mal la thèse de Darwin selon laquelle l'appendice ne sert à rien, et qui ouvre bel et bien de nouvelles perspectives sur le sujet.

Les chercheurs ont observé en tout 258 espèces de mammifères. Parmi elles, 39 avaient un appendice. Et qu'est-ce qu'on remarque ?

Que les espèces qui ont un appendice vivraient en moyenne 60%, c'est-à-dire une fois et demie plus longtemps que les autres, mais aussi que posséder un appendice serait un signe d'évolution de l'espèce : un signe positif donc, qui laisse à penser que sa présence correspond bel et bien à un besoin, et à des fonctions bien précises.

L'appendice, avec sa forme de petit cul de sac, de poche, serait en effet un réservoir des bactéries du microbiote, bactéries indispensables au bon fonctionnement de nos intestins : en cas d'agression, comme une diarrhée qui décimerait ce microbiote, la réserve permettrait de le reconstituer plus vite et donc de protéger l'espèce en question, car les intestins seraient plus vite "re-tapissés" de bonnes bactéries. Mais l'appendice serait aussi un réservoir immunitaire rempli de lymphocytes T et B,  qui permettrait dans le jeune âge de préparer et donc d'armer nos défenses aux agressions microbiennes ou virales à venir, et donc à nous protéger. Ces deux fonctions réunies expliqueraient cette longévité accrue des espèces qui disposent d'un appendice.

Eric Ogier Denis est chercheur à l'Inserm et co-auteur de l'étude : "Notre hypothèse, c'est que les animaux qui ont un appendice ont cette réserve bactérienne qui va permettre au cours d'une diarrhée infectieuse qui décime l'intestin, de recoloniser le colon très vite avec des bonnes bactéries fonctionnelles... Ils ont en plus cette réserve immunitaire qui leur permet de mieux se protéger des agressions... Ces deux raisons peuvent expliquer la longévité allongée de ces animaux car les diarrhées infectieuses sont une des causes de mortalité les plus importantes dans la nature, et on pense que le fait d'avoir un appendice protège de ces diarrhées".

Moralité : l'appendice n'a sans doute pas été posé là par hasard, il serait même plutôt un signe d'évolution de l'espèce ! Il est donc conseillé aujourd'hui de ne pas le retirer comme on a pu le faire avec un peu trop de systématisme au cours des 50 dernières années. Si l'appendicite est avérée alors oui, on enlève, mais si c'est juste une suspicion, on n'enlève pas.

En France, plus de 70 000 appendicectomies, c'est-à-dire ablations de l'appendice sont réalisées chaque année : on devrait pouvoir réduire ce chiffre de moitié.

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