Djubaka est programmateur musical à France Inter... C'est avec Elvis qu'il est tombé en amour pour la musique - celle du King bien sûr mais la musique aussi en général. Il raconte…

Elvis Presley
Elvis Presley © Getty / ullstein bild

La télévision venait de rentrer chez moi. Alors le soir, on avait pris l'habitude de regarder les infos. Nous étions le 17 août 1977. Mon père avait l'air d'attendre un truc ; je me souviens juste qu'il avait dit en rentrant du travail qu'Elvis Presley était mort. Elvis, franchement, no conosco. Je voyais pas du tout de quoi, de qui il voulait parler. Et puis enfin, le présentateur présente son sujet, et je vois en fin de journal Elvis pour la première fois : il chantait Hound dog.

[flash] Aux États-Unis, des centaines et des centaines d'Américains ont téléphoné à la maison blanche pour demander au président Carter une journée de deuil national à l'occasion de la mort d'Elvis Presley, décédé hier soir à l'hôpital de Memphis, dans le Tennessee.

Il s'est passé ce soir-là quelque chose d'étonnant. En quelques secondes, je suis devenu complètement fou d'un chanteur jusqu'alors inconnu de mon cerveau.

Je me souviens très bien avoir demandé à mon père, le soir, de me passer tout ce qu'il avait comme disques d'Elvis à la maison. Je regardais les pochettes en ayant l'impression d'avoir en face de moi quelqu'un qui me ressemblait. Je me souviens très bien, à chaque fois qu'une nouvelle chanson passait, avoir eu pour sentiment constant que cette voix, cette musique, était faite pour moi. Et c'est une évidence qui allait perdurer.

J'habitais en banlieue : autour du 15 août franchement, le seul magasin qui vendait des disques, mais aussi des télés, des radios, était fermé. Je m'étais réveillé avec l'envie définitive d'avoir un disque de ce gars-là, un disque à moi. Alors j'ai ramassé toutes les pièces jaunes qui étaient sensées être une réserve d'argent, et je suis parti à la chasse.

Djubaka n'a pas résisté à une compilation d'Elvis

A cette époque, il y avait toujours un vendeur de musique entre les fruits et les légumes, et la première chose que j'ai vu, c'était ce disque avec un dessin d'Elvis dessus : une compilation de ses plus grands succès. J'ai vidé ma poche en me demandant si j'allais avoir assez d'argent. Le gars a tout pris et je suis reparti avec le disque. Je l'ai tellement écouté qu'il est impossible aujourd'hui d'entendre une chanson qui ne soit pas rayée à 3 ou 4 endroits.

A partir de ce jour-là, j'ai su intimement que la musique allait me coller aux basques comme un bout de sparadrap sur la main du capitaine Haddock.

Ensuite, j'ai fait, ce que tout fan d'Elvis a fait dans sa vie : collectionner des disques, traîner dans les fans clubs. J'ai bouffé de l'Elvis depuis 40 ans et j'ai mes préférences ein : la période Sun, le comeback de 68. Et j'ai été nourri.

Le business autours d'Elvis peut avoir quelque chose de déroutant. Entre les sosies, les rumeurs, les objets d'un kitsch absolu, les concerts virtuels. Mais ce qu'il y a d'incroyable en fait, c'est le nombre d'inédits, de bandes retrouvées dans les archives de sa maison de disque.

Au début des années 1990, afin de contrecarrer le marché des disques pirates du King, un Danois, Ernst Jorgensen, que l'on surnomme entre nous The Elvis Hunter (le chasseur d'Elvis), va se donner pour mission de retrouver dans les archives de la maison de disque RCA toutes les bandes où Elvis a posé sa voix.

Fin de la collection à l'aube des années 2000, Djubaka n'arrive plus à suivre

Ce travail de fourmi a permis de retrouver des versions alternatives, des inédits, des enregistrements de répétition, de coulisses avant un show télé, de chansons rejetées pour des bandes originales de film... comme ce film, I'll Never Stand In Your Way (1954) où on entend un Elvis plein de trace - dont le patron du label Sun Sam Phillips, notera sur la boîte qui a conservé cet enregistrement :

Elvis a une bonne voix comme chanteur de balade, à revoir.

A partir de 1999, nous allons découvrir plus de disques d'Elvis que mon porte monnaie ne pourra en acheter. Plus de 200 disques ont vu le jour.

Et ce qui frappe c'est son spectre de voix, la façon dont il embrasse le micro, cette capacité à passer d'un rockabilly primaire à un classique de répertoire crooner. Une de mes chansons d'Elvis est cette reprise du grand Arthur Crudub, "That's All Right" .

♪ Elvis Presley - That's All Right écrit par Arthur Crudub (1954)

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