Ce soir, des acteurs autant que des observateurs de mai 68. Ceux qui l’ont vécu autant que ceux qui l’étudient ou qui se jettent sur son héritage pour mieux le critiquer, le sublimer ou le réinterpréter. Ce soir, c’est Le Grand Soir, avec Laure Adler et Charline Vanhoenacker.

Charline Vanhoenacker et Laure Adler en pleine préparation de leur AG !
Charline Vanhoenacker et Laure Adler en pleine préparation de leur AG ! © Maxppp / nc

Mai 68, c’est l’élan révolutionnaire, l’indignation, la révolte puis l’espoir chez la jeune génération de l’époque. Mais que nous reste-t-il de la plage et des pavés ? 

Les acteurs de Mai 68

Ce soir, c’est avec certains acteurs du mouvement que nous discuterons, car qu’on-t-il vécu pendant les années 60, au cœur des événements ?

Gérard Fromanger

Peintre, sculpteur, observateur attentif de la société et de ses transformations, Gérard Fromanger s’est trouvé au cœur des mutations que représente Mai 68. Il s’applique à intégrer l’ambiance, le souffle que représente cette révolution dans ses œuvres : en 1968, il montre, devant l'église d'Alésia à Paris, neuf sculptures : "Souffles", qu'il qualifie d'objets "interdits de stationnement". La police, sur les dents, choisit de détruire les œuvres et arrêtent dans le même temps leur auteur, ainsi que son ami, Jean-Luc Godard. 1968 est une année de création formidable pour l’artiste « boosté » par le vent de Mai 68 : il réalise un film bleu et rouge avec Jean-Luc Godard dit Film-Tract, le rouge devient sa couleur de représentations des mouvements sociaux…

Jean-Pierre Le Dantec 

Jean-Pierre Le Dantec a étudié à l’Ecole Centrale de Paris dans lequel il obtient son diplôme d’ingénieur, deux ans avant les événements de Mai 68. Son engagement politique s’affirme au cours de la décennie 1960, période durant laquelle il milite activement au sein de l’Union des étudiants communistes. Il devient finalement le responsable de l’UJC (Union de la Jeunesse Communiste) en 1967 et fait partie de sa délégation en Chine la même année, au tout début de la Révolution culturelle. Il est également directeur du journal La Cause du peuple de 1968 à 1970, comme le relais presse de l'UJC. Le journal sera interdit par le gouvernement et Jean-Pierre Dantec fera alors neuf mois de prison à la Santé en 1971. 

Juliette Kahane

Ecrivaine aujourd’hui, elle est étudiante en histoire à la Sorbonne quand éclatent les mouvements de Mai 68. La jeune femme s’y engouffre violemment, en prenant part à différents mouvements de gauche, de l’extrême à la Gauche prolétarienne. Son combat pour l’émancipation passe également par le genre, elle est très active aux débuts du Mouvement de libération des femmes, en 1970. Elle écrit alors un premier texte autobiographique évoquant son expérience de militante sous les ordres des directions masculines des mouvements qu’elle a suivi. 

Michelle Perrot

Michelle Perrot est spécialiste de l’histoire ouvrière, de la connaissance de la vie privée et de l'intime, mais également la première à avoir écrit l'histoire des femmes et du féminisme. Elle reste fortement ancrée à gauche après s’être inscrit au PCF dans les années 50 puis s’en être écarté, et rejoint le mouvement féministe né dans le sillage de Mai 68.  

Gaby Cohn-Bendit 

Professeur, anarchiste, et fervent soutien d’une éducation alternative, il navigue dans les milieux d’extrême-gauche après des études d’allemand dans les années 60. Il est très actif dans le mouvement de mai-juin 1968 à Saint-Nazaire et reste en contact avec son frère Daniel Cohn-Bendit. En juin 1968, ils rédigent ensemble un livre, Le gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme publié chez Seuil.

Catherine Sinet

Rédactrice en chef du journal “Siné Mensuel”, journaliste, mais également productrice d’émissions télévisées, elle a mis en place avec son mari Siné, le journal “Siné Hebdo” (2008), devenu ensuite en 2011 “Siné Mensuel”, créés suite à l’éviction du caricaturiste du journal “Charlie Hebdo”. 

Derrière le mégaphone, il y a toujours un Thomas Bidegain
Derrière le mégaphone, il y a toujours un Thomas Bidegain / Lucie Marsaud

La jeune génération

Que peux-dire aujourd’hui cette jeune génération à celle de Mai 68 ? Quel héritage ? Quelle critique peut-on apporter à cette révolution ? Qu’est-ce qui nous reste de Mai 68 ? 

Ludivine Bantigny

Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Ludivine Bantigny a mené plusieurs travaux sur les années 1960 et notamment sur Mai 68, tout en travaillant la question de la jeunesse, et surtout de la jeunesse engagée. Elle est également membre de comité de plusieurs revues d’histoire, telles que Vingtième Siècle, Revue d’histoire ou Histoire@Politique. Politique, culture et société

Géraldine Schwarz

Journaliste franco-allemande, elle a publié Les amnésiques, récit-enquête évoluant histoire nationale et histoire familiale, plongeant la jeune femme dans la période de la Seconde Guerre Mondiale en Allemagne et sur le travail de mémoire qui y existe. Mai 68 est une période à l’aune de laquelle elle peut étudier la rencontre entre ses parents, mais également ce que l'Europe livre comme mémoire de la Seconde Guerre Mondiale, tout en montrant que cette amnésie générale est en train de détruire la mémoire et les fondations de l’Europe.

Vincent Macaigne

Touche-à-tout cinématographique et théâtral, Vincent Macaigne est un des chouchous du cinéma français d'aujourd’hui. Mais Vincent Macaigne est également engagé politiquement, il est l’auteur d’une pièce de théâtre sur les planches fin 2017 à Nanterre au Centre Dramatique National, nommée Je suis un pays, fable dystopique mais engagée, “farce politico-médiatique” comme le dit Libération, dans lequel un frère et une sœur, maltraités par le monde, décident à leur tour de le maltraiter, en le tyrannisant et en l’affrontant. La pièce devrait passer par Douai, Mulhouse et Paris en 2018.

Benjamin Vendrand-Maillet

Rédacteur et responsable de la section politique sur le site Cercle Hébé, il est également l’auteur d’un article publié dans la revue Le Débat ("1968-2018 : d’une jeunesse à l’autre", n°197, 2017/5), analysant l'épuisement du mythe Mai 68, avec un point de vue sur l'écart entre la jeunesse de 1968 et celle de 2018. Il prône une revalorisation et une réforme de l’université à l’aune de ces recherches.

Tommy Lasserre

Tommy Lasserre est l’un des auteurs du petit manifeste collectif #Onvautmieuxqueça édité chez Flammarion. Le Collectif #OnVautMieuxQueCa regroupe salariés, intermittents, retraités, étudiants, citoyens, internautes, vidéastes, etc., est né avec les manifestations contre la loi Travail El Khomri et tente de faire comprendre les difficultés du travail aujourd’hui (humiliations, harcèlement, précarité) par la publication de témoignages. 

Raphaëlle Rémy-Leleu

Raphaëlle Rémy-Leleu est la porte-parole d’Osez le Féminisme et la directrice de cabinet du directeur de l’université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle. Elle s'intéresse aux violences économiques faites aux femmes et aux problématiques liées à l'éducation.

>>> Chroniqueur

Notre chroniqueur vedette aujourd’hui, vous le connaissez, il est scénariste, notamment d’Un prophète et De rouille et d'os réalisés par Jacques Audiard, réalisateur, mais également chroniqueur storytelling dans l’émission Par Jupiter ! en direct tous les jours de 17h à 18h sur notre antenne. C’est Thomas Bidegain !

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