Ce matin, à travers le génie du jazz Miles Davis, dont on voit beaucoup circuler la photo de lui, ensanglanté, André Manoukian nous raconte l’histoire des "blackfaces".

Le célèbre jazzman Miles Davis ensanglanté après avoir été frappé par un policier car il refusait de s'écarter, alors qu'il se trouvait à l'extérieur du Birdland Jazz Emporium à Broadway.
Le célèbre jazzman Miles Davis ensanglanté après avoir été frappé par un policier car il refusait de s'écarter, alors qu'il se trouvait à l'extérieur du Birdland Jazz Emporium à Broadway. © Getty / Bettman

Dans un très beau documentaire sur Miles Davis, un de ses musiciens à propos de l’album Birth Of The Cool, qui en 1957 va révolutionner le jazz, nous dit : "c’est la première fois qu’un Noir sortait des Minstrels".  

Si l’origine du mot "minstrel", "ménestrel", est anodine voire charmante, le genre, lui, l’est beaucoup moins. Le minstrel était un spectacle musical né en 1800 qui représentait les Afro-Américains avec tous les stéréotypes racistes possibles. 

On voyait des maîtres blancs expliquer aux esclaves la chance qu’ils avaient de travailler pour eux, et les esclaves, pour les remercier, chantaient et dansaient. Le message de ces spectacles très populaires était clair : les esclaves sont heureux et doivent rester en esclavage. Le pire, c’est que les premiers minstrels n’étaient même pas joués par des Afro-Américains, mais par des comédiens blancs qui se maquillaient le visage avec du cirage.

Thomas Rice est un comédien raté. En 1830, dans un quartier populaire de New York, il observe un jeune noir atteint de polio, qui fait un tabac en faisant rire les gens en dansant. Il lui pique sa danse, met des paroles, Jump Jim Crow, "saute Jim le corbeau", corbeau désignant de manière péjorative les noirs, il se met du cirage sur le visage et va devenir une véritable star en popularisant l’archétype du blackface. Jim Crow donnera son nom aux lois ségrégationnistes des états du sud. 

Le pire, c’est qu’un siècle plus tard, le premier film parlant dans l’histoire du cinéma sorti en 1927, Le chanteur de jazz, raconte l’histoire d’un blackface, un jeune chanteur blanc, répudié par son rabbin de père effrayé par ce métier de saltimbanque. Ils se réconcilieront avant la mort du père, et le fils reprendra sa carrière en devenant une star du blackface.   

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Il faudra attendre les années 1960 et la révolution des droits civiques pour abolir les blackfaces, qui rassuraient les Blancs qui avaient peur des Noirs et qui étaient pour les Noirs une manière de se faire accepter en faisant rire. Une autre forme de compromission, celle de l’oncle Tom, ce gentil esclave dévoué surmontant ses souffrances grâce à la Bible, accablera Louis Armstrong.  

Miles Davis lui, va briser cette double fatalité avec panache, par la seule grâce de sa musique. Son père, riche, lui paye la prestigieuse Julliard School de New York. Il va révolutionner le jazz en introduisant des éléments de Ravel et Debussy. 

Miles Davis et Juliette Greco en 1958 au club Saint-Germain à Paris
Miles Davis et Juliette Greco en 1958 au club Saint-Germain à Paris © Getty / Andre SAS/Gamma-Rapho

Deux images. 

  • Miles Davis ensanglanté par un flic parce qu’il fumait une cigarette devant le Blue note, le prestigieux club new-yorkais dont il était la vedette, 
  • et Miles et Juliette Gréco, dans Paris qu’il adorait, parce qu’ici, les gens le traitaient comme une personne normale, et que quand même, Juliette était l’égérie de Merleau-Ponty et que Sartre s’y était cassé les dents. Pas mal, Miles, même pas mal…

Références musicales passées à l'antenne

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