Ce matin, attention magie ! Il s'appelle Tamino, et André Manoukian nous parle du pouvoir de sa voix

La magie, ça ne se calcule pas. Ça ne s'étudie pas non plus.

Ça apparait quand on pousse son art au delà de certaines frontières, au delà d'une technique, au delà des limites, dirait Deleuze.  Nicolas ça faisait trop longtemps que je n'avais pas parlé de Gilles Deleuze, vous aurez remarqué que je ne le convoque plus que dans des circonstances exceptionnelles et ce matin, il m'apparait que la voix et l'art de Tamino sont des circonstances exceptionnelles. 

La magie en musique, ça s'appelle aussi la grâce, mais il ne s'agit pas d'un indicible don qu'un Dieu capricieux distribuerait au gré de sa fantaisie, mais de cet état que l'on atteint par la pratique, de cette résonance avec plus grand que soi, du chemin de l'extase, au sens éthymologique du terme, ex stasis, sortir de soi.

La voix fait résonner différentes parties de notre corps. C'est de la physique pures. Depuis des siècles, le chant des voyelles est employé dans plein de civilisations. Ainsi Nicolas, savez vous que le "a" fait résonner le cœur. Le "è" fait résonner la nuque et apaise le cerveau... Le "é" fait résonner la gorge, pour vous affirmer, vous dites "ééé", comme dans Mélenchon. Le "i" fait résonner le milieu du front, le "u" résonne dans les sinus, il refroidit la fièvre amoureuse... Le "ou" dans le ventre, console les peines. Le "eu", dans la moustache, réveille le feu vital.  Le "o" résonne dans le plexus solaire, il envoie des ondes d'amour au monde, c'est le fameux "oomm" des Indiens.

Platon parlait du chant des voyelles dans les temples égyptiens. Il le plaçait plus haut que la musique grecque... 

Et s'il ne nous reste rien de cette musique, aucune inscription, aucune trace, peut-être que ce jeune chanteur belge d'origine égyptienne nous restitue sans le savoir, la beauté de ce chant perdu. Il s'est choisi Tamino pour nom de scène, c'est le nom du prince oriental dont Mozart fait le héros dans la flute enchantée, un musicien magicien symbolisé par le feu. 

Le spectre sonore de la voix de Tamino est si large que c'est le corps entier qu'il nous fait vibrer.  Des graves au timbre net aux aigues dont la douceur contrebalance la hauteur.. 

Pour les chanceux parisiens, il joue le 18 avril au point éphémère avec la chanteuse Yorina, pour les autres, son titre s'appelle Habibi, et vous le trouverez sur internet.

Extraits musicaux : Tamino, "Habibi"

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