Retour sur un chanteur qui a fondé une dynastie de musiciens, au service de la musique et des beaux textes : Louis Chedid…

C’est une histoire de fidélité. D’abord à soi-même. Le système harmonique de Louis Chedid est là depuis le commencement. Des accords de guitare tirés vers le sud, vers l’Amérique, vers l’Amérique du Sud, et dès les early eighties, ces sons des années 80, le temps où l’on découvrait les synthétiseurs et les batteries électroniques Simmons qui faisaient "Pi Pi PiPiou", et les nappes frigorifiques new wave moins le quart, qu’on mettait partout, et bien, Louis Chedid fut le premier à les utiliser dans ses chansons. Ça lui allait bien, parce que cette mécanique un peu froide mélangée au son caliente de sa guitare, et à sa voix mélancolique et traînante, et enveloppante, et ces textes doux amers dont il avait le chic, ça vous faisait un mélange chaud-froid, sucré-salé, une cuisine libanaise light en somme, ce qui peut paraître impossible, j’en sais quelque chose vu que la cuisine arménienne, à une feuille de vigne près, c’est la même, et franchement pour rendre léger, le pathos consubstantiel à la culture orientale, il faut avoir tout le dandysme d’un Chedid, Louis de son prénom.

Quand on se sent un tant soit peu déraciné, la culture des racines, ça vous enracine, mais ailleurs, dans un territoire meuble, accueillant, ouvert à tous et aux belles idées avant tout. Pas d’autre choix que d’être universaliste, quand on est le fils d’un universitaire égypto-libanais, Selim Chedid, biologiste et d’une poétesse, Andrée Chedid, riches héritiers d’un Levant où toutes les communautés vivaient mélangées et festoyaient ensemble, les Juifs, les Grecs, les Maronites, les Chiites, les Sunnites, les Coptes..

André, comment fait-on pour durer, quand on est chanteur ?

Il a traversé avec succès trois générations, ses potes du début, (Hardy, Dutronc, Souchon, Voulzy), ceux du Soldat Rose (Cabrel, Bénabar, Sanseverino, Vanessa Paradis, Jeanne Cherhal), et aujourd’hui sa tribu (Matthieu, alias M, Nach, Joseph pour les chanteurs et Emilie à l’image) avec lesquels il partage l’arme fatale du clan Chedid, la douceur, la bienveillance et le groove, qu’ils portent tous ensemble sur scène. Aussi quand le père reprend le flambeau, décrétant la joie désormais comme une injonction venue d’un temps pas si lointain, il y a mieux que l’évocation nostalgique, il y a la possibilité d’un âge des lumières à nouveau rayonnant..

  • Légende du visuel principal: Louis Chedid, chanteur et dandy © AFP / Joël Saget
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