L'album s’appelle tout simplement : "Michel on my mind"…

Sur le papier, on se dit "ce n’est pas possible"

Puis on réfléchit un peu et on réalise que c’en est même outrecuidant. S’attaquer à un monstre comme Petrucciani...  Il faut avoir le sens du défi chevillé au bout des phalanges, en plus d’avoir fait sauter la clapet sécurité dans sa tête, en tout cas avoir une bonne dose d’inconscience liée à  un optimisme inoxydable. Pensez, Michel Petrucciani qui envoyait des phrasés staccato d’une puissance rythmique imparable, qui maîtrisait la puissance et la dentelle, la fulgurance et la douceur.

Il composait certes, mais c’était dans le développement de ses solos que son génie s’exprimait.

Dans ces cas là, la lucidité c’est de constater que le maestro a tout dit. Qu’est ce qu’on peut faire, derrière ? On repeint la Joconde ?

Ben on jette tout ce que je viens de dire, on fait ce que Laurent Coulondre a fait, on plonge, sans réfléchir, et c’est tellement beau..

L’hommage à un maître est délicat, il peut s’échouer sur un banc de sable entre la déférence confite et le survol approximatif, entre l’artisan qui imite le geste du maître à la perfection, mais n’amène rien de nouveau, et l’artiste qui tue le père et passe le reste de sa vie à effacer les références de son géniteur. La première leçon, pour se faire un son, c’est de faire là où personne n’a fait. 

Laurent Coulondre, pour son cinquième album, il a trouvé sa place et il réussit un coup de maître..

Le pianiste Michel Petrucciani lors d'un concert à Rome, en 1994
Le pianiste Michel Petrucciani lors d'un concert à Rome, en 1994 © Getty / Luciano Viti

La métaphore de la flèche et de l’idée… 

Nietzsche disait : une idée, c’est comme une flèche, on la lance et quand elle retombe, il y a toujours quelqu’un pour la ramasser et la lancer dans la même direction. L’idée de Petrucciani, Laurent Coulondre l’a jetée plus loin encore. 

Sur les conseils d’un prof génial, il a passé six mois à ne jouer que sa main gauche, interdit de main droite. C’est comme ça qu’il a développé une rythmique imparable et une main droite plus allégée et plus fluide grâce au soutien de la gauche justement…

Bon, après, il faut la grâce, et ça, ça ne s’apprend pas, mais en fermant les yeux bien fort dans le noir, on peut voir des lucioles et en voulant les attraper, on fait des mouvements comme des arabesques, alors on a l’illusion, le temps d’un instant, d’esquisser un solo de piano, à la manière de Petrucciani ou de Laurent Coulondre…

Quelques vidéos

► Retrouvez l'album hommage de Laurent Coulondre à Michel Pettruciani sur Youtube sur sa chaîne officielle

  • Légende du visuel principal: Hommage à Michel Petrucciani par Laurent Coulondre © Maxppp / Eric Baledent
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