Après avoir été la moitié du groupe Air, Nicolas Godin continue sa route tranquille, avec une classe électronique et un son d’une élégance folle.

Dans la jungle des sons, le créateur se bat contre l’innombrable, la foule est son ennemi, la masse le désoriente, la multitude l’embrouille, il a une vague boussole qui lui indique le futur. 

Sauf que la route du futur n’est plus rectiligne, le temps n’est plus fléché vers l’idée de progrès qui commence à puer sérieusement. 

Il est revenu le temps du circulaire, alléluia

Le cercle, à l’intérieur duquel on se protège, et qui, lorsqu’on le parcourt sur sa circonférence, vous ramène au même endroit mais avec plus d’expérience à chaque tour. Un mouvement perpétuel et vertueux, en somme. C’est oriental, c’est la technique de Nicolas Godin. 

Comme un enfant qui ferait vibrer un verre en tournant son doigt mouillé sur son contour, obtenant un son très pur, produit depuis deux décennies, l’air le plus délicat, des mélodies dont les lignes fuient vers l’espace, des empilements sonores dont on peut identifier chaque brique, qui, comme au temps des cathédrales, porte la signature du maitre qui l’a bricolée, avec amour...

Nicolas Godin pratique l’esthétique du minimum. 

Chaque partie est pensée, pesée, à nu, ce qui fait un son global sobre, clair, puissant, empreint d’une naïveté originelle, d’une poésie futuriste faite d’instruments du passé, une avant-garde vintage en somme, et le vintage, c’est bien connu, ça ne vieillit pas. Par exemple il est bassiste et il fait de l’électro, alors il joue avec une vraie batterie au son bien mat, bien seventies, au lieu d’utiliser systématiquement des boites à rythmes. Le monde de Nicolas Godin est simple et lumineux. 

Architecture et musique ont toujours fait bon ménage

L’architecte taille ses lignes dans la matière, le musicien dans l’air, ne nous laissant que la mémoire des émotions provoquées. 

Le grand architecte reste naturellement Jean Seb, notre maître à tous. Bach, à qui Nicolas Godin rendit un hommage fort réussi lors d’un précédent album qu’il intitula sobrement « Contrepoint » et que je vous invite à revisiter. 

Après Bach, c’est Xavier Veilhan qui fait la muse, cet artiste protéiforme dont les sculptures emblématiques taillées de facettes reconstituent un réel pixellisé dont le rendu est plus humain que nature, à l’image de la musique de Nicolas Godin, électrique et organique à la fois. 

  • Légende du visuel principal: Nicolas Godin sur scène au Montreux Jazz Festival en 2016 © Maxppp / LAURENT GILLIERON
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