Il y a tout juste 15 ans, le 4 mars 2004 disparaissait Claude Nougaro… Ce matin, Didier Varrod lui rend hommage.

Claude Nougaro en 1973
Claude Nougaro en 1973 © AFP

Au Saint Hilaire, comme chez Régine, dans tous les clubs de jazz de la capitale des années 1950, Nougaro cultive à la fois son ambition et son complexe. Ne pas être né sur la terre du jazz et grandir dans le berceau de la java. Jacques Audiberti, poète, maître à penser, tuteur émotionnel et admirateur de Nougaro, avait écrit en substance, que si Victor Hugo avait pu, nul doute qu’il aurait aimé le jazz. Tout le génie créatif de Nougaro vient de cette friction culturelle entre deux mondes. 

1962, Nougaro réconciliateur fait suite à une première tentative discographique brouillonne. Mais cette fois, tout y est. Le rythme, le texte qui boxe, la rime conquérante, la voix percussive, et puis les femmes partout, le fantasme, le cinéma, Jimmy Walter, Jacques Datin et Michel Legrand, compositeur de sept chansons sur neuf, et surtout réalisateur artistique de ce disque classique dès sa naissance, qui va réussir à rivaliser de jeunesse avec le rock’n’roll et les yéyés. 

Ce chant précipité, on appelle cela aujourd’hui au pays du rap : le flow. Nougaro n’a pas encore écrit « Amstrong» pour nous dire qu’il n’est pas noir, et que blanc de peau, impossible de chanter l’espoir… Mais, Nougaro Luther King, a fait un rêve, celui d’une chanson française sauvée comme jadis son pays, par le jazz. Et qui reprendrait son indépendance par une dextérité lexicale qui vengerait Antonin Artaud, Edmond Rostand, André Breton, ou Victor Hugo de la prison des académies.

Qui d’autre que le poète Audiberti pour qualifier le style Nougaro : 

La phrase se métamorphose et se dédouble en batterie de jazz sollicitant les nerfs au nom des tams tams et de moteurs d’aujourd’hui

Moteur, c’est exactement ce que l’on a envie d’entendre en amorce de ce mariage magnifiquement consommé entre Legrand et Nougaro. La chanson et le cinéma.

La chanson est une caméra. Plan séquence, travelling, scènes cuts, le montage obéit au tempo qui bouge sans cesse. Le film est sur l’écran, le scénario dans la salle, où le fantasme éveillé excite le plaisir solitaire. C’est la nouvelle vague qui bat sévère la cadence jusque-là pépère de la chanson.

Claude Nougaro aurait eu 90 ans cette année. Et une seule constance pour moi. Aimer la chanson française d’aujourd’hui c’est forcément repasser par une chanson de Nougaro tous les jours.

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