Paul Lay, jeune pianiste français, rend hommage aux musiques des soldats américains de la Première Guerre mondiale : des musiques qui introduisirent le jazz en France.

Il est des projets de commande où l’on aurait envie de bénir le commanditaire. En l’occurrence celui-ci s’appelle Matthieu Jouan, il est musicologue, et critique de jazz. En 2018, on lui demande d’organiser le centenaire du jazz en France, et particulièrement celui du premier concert qui eut lieu à Nantes le 12 février 1918. 

Quand il entend le jeune pianiste Paul Lay dans le festival Respire jazz dans le sud Charente, il sait qu’il a trouvé le parfait maître d’œuvre d’un événement, qui pouvait aussi bien tirer sur une commémoration moisie de vétérans, mais encore moins qu’avec une autre musique, on n’a le droit de faire ça avec le jazz.

Le jazz, c’est les Africains qui mettent le daoua dans la musique occidentale et qui la régénèrent alors qu’elle était en train de s’académiser, notamment en enlevant de son enseignement l’art de l’improvisation. La musique qui n’aime pas qu’on l’enferme traverse alors l’Atlantique et se réveille toute de jazz dévêtue par la grâce d’esclaves misérables qui allaient inventer la plus grande leçon de liberté musicale. 

Paul Lay, le pianiste, Isabelle Sörling, la chanteuse, Simon Tailleau le contrebassiste vont rendre à ces compositions de la fin du XIXe siècle, à ces airs de ragtime sifflés par de jeunes soldats toute leur essence, leur spiritualité, leur profondeur, leur légèreté - il y a tout ça dans cette musique qui relie le ciel et la terre, Apollon et Dyonisos, Dieu dans le Gospel et le diable dans le blues.

En 1917, le jazz débarque en France mais, d’une certaine manière, il y est né

Si on considère que le jazz est issu du ragtime, que le ragtime est issu du cake walk, que le cake walk est le détournement d’une danse de planteurs français, le quadrille des Tuileries, que ledit quadrille est une danse de joie inventée spontanément après la décapitation de Robespierre, alors on peut dire que le jazz est né en France, à Paris le 28 Août 1794 au pied d’une guillotine.

Mais prêtons encore l’oreille à ce poème, To Germany, une ode à la paix dédiée au peuple allemand écrite par un jeune officier britannique, Charles Sorley, juste avant de tomber sous les balles en 1917, poème mis en musique par Paul Lay, pianiste et magicien qu’il faut absolument suivre désormais et sublimement chanté par Isabelle Sörling à découvrir sur l’album Deep Rivers.

Extraits diffusés à l'antenne

Dans l'ordre de passage à l'antenne :

  • Southern Soldier Boy 
  • Follow the Drinking Gourd
  • Deep River 
  • To Germany 
  • Légende du visuel principal: Paul Lay (ici lors d'une session à France Musique) © Radio France /
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