À l’occasion des 20 ans de la disparition de Michel Petrucciani, sort un "Best of" de cet immense pianiste : "This is Michel Petrucciani"

Le jazz, musique savante qui fut populaire autrefois est avant tout une musique de liberté. La liberté retrouvée du musicien qui n'a plus besoin de partition pour s'exprimer, la liberté du tempo, avec ce fameux rythme, le chabada, qui divise le temps dans un balancement entre le binaire carré et le ternaire rond, et qui donne à chacun son swing... Et puis ces phrasés qui n'appartiennent qu'à ceux qui les jouent à force d'avoir bossé ceux des anciens.. 

Imaginez : vous avez tellement joué Chopin que vous vous mettez à inventer à la manière de Chopin, et au fur et à mesure que vous avancez dans votre pratique, vous laissez Chopin derrière vous pour ne plus faire que du "vous". 

Ça s'appelle avoir du style, et ça n'est pas donné à tout le monde..

Alors décortiquons le style de Petruccianni, qu'est ce qui fait que quand on entend un de ses solos, on se dit : "Ça, c'est Petrucciani..."

Le style de Petruccianni

Le style de Petruccianni, c'est que rythmiquement, il laisse tomber le shuffle, cette oscillation asymétrique croche pointée double typique du swing  un peu plan plan, pour construire de grandes lignes aériennes à la manière du Picasso de Clouzeau, des arabesques fulgurantes à l'intérieur desquelles chaque note est exécutée avec une  précision redoutable,  produisant du staccato dans du legato. 

Quant au phrasé, d'une grande fluidité, il s'éloigne du be-bop traditionnel d'un Bud Powell ou d'un Oscar Petterson pour aller vers un Bill Evans survitaminé, vers un lyrisme latin  et alors il vous cueille à l'estomac par la joliesse de ses solos qui sont comme autant de mélodies, avec le détaché d'un Glenn Gould qui se serait mangé Thelonious Monk.. 

La musique, une affaire de dynastie où le papa y est pour beaucoup...

Oui, comme Amadeus et Ludwig, les enfants Mozart et Beethoven furent éduqués par leur père, Michel fut initié par le sien, Tony Petrucciani, guitariste de jazz d’origine napolitaine, qui s’occupa de ses trois fils : Louis le contrebassiste, Philippe le guitariste et Michel le pianiste. 

A trois ans Michel chantait les standards de Jazz, à 4 ans il les jouait au piano, à 13 ans il accompagnait le trompettiste Clark Terry, à 18 ans il partait sur la côte ouest des Etats-Unis où il fut découvert par Charles Loyd, le saxophoniste d'Herbie Hancock et de Keith Jarett qui avait raccroché son bec de jazz mais mais qui du coup, repris du service pour accompagner le jeune prodige, lui ouvrant ainsi les portes de l’Amérique. 

Ne manquez pas le grand concert-hommage à Michel Petrucciani le 9 février à la Seine musicale à Paris avec les saxophonistes Joe Lovano et Géraldine Laurent, les trompettistes Flavio Boltro et Lucienne Renaudin-Vary, les batteurs Lenny White, Aldo Romano et Géraud Portal à la contrebasse, Philippe Petrucciani à la guitare, et les pianistes , Jacky Terrasson, Franck Avitabile, Laurent Coulondre, il fallait bien tout ces lascars pour lui rendre hommage... 

Quelques titres de Michel Petrucciani

  • Légende du visuel principal: Michel Petrucciani (1962 - 1999) © Maxppp
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