Ce matin le trompettiste Ibrahim Maalouf nous offre une fusion inédite, entre Orient et Cuba, à travers son dernier album : Sens. Un disque, qui se joue des genres, inspiré par Cuba, la fusion heureuse des musiques du monde. La musique, en avance des sociétés, se reconstruit, comme des plaques dérivantes s’assemblent.

Extrait Una Rosa Blanca 

Jouer des syncopes jusqu’à les rendre naturelles, alors que par définition ce sont des accidents rythmiques qui cassent le déroulé régulier du temps. Jouer des dissonances jusqu’à les rendre harmonieuses, alors que ce sont des notes qui piquent. Jouer des contrastes entre des intros langoureuses et soudain un break de batterie venant de Vulcain qui aurait mis ses forges en fusion maximale. Enfin se jouer des genres, jazz ? Pas jazz ? Musique orientale ? Electro ? Rock ? Écrite ? Improvisée ? Minimale ? Orchestrale ?

Mais ça fait longtemps qu’on s’en fout, et Ibrahim le premier, lui qui s’est déjà attiré l’opprobre des ayatollahs du jazz. Tiens, comme un autre. Vous vous souvenez quand Miles Davis électrifiait sa trompette à la fin des années 70, et que les critiques lui disaient : 

Mais quand allez vous rejouer du jazz ?

A quoi il répondait : 

Ca serait comme coucher avec ma grand-mère. 

Leçon n°1 : aucun musicien, jazzman de surcroît, ne doit coucher avec sa grand-mère. 

Extrait Harlem 

C’est à Cuba, véritable continent musical, qu’Ibrahim se frotte cette fois-ci… Cuba qui représente la fusion heureuse des musiques du monde. Cuba, où la plaque tectonique musicale Africaine rejoint l’Européenne, créant une onde sur tout le continent américain, puis sur l’Europe pour revenir enfin au berceau Africain. 

Nulle part ailleurs, le mélange des identités n’est aussi heureux, harmonieux, nulle place ailleurs dans le monde où l’on ne ressente, à l’écoute d’une clave, la jubilation de la créolité.. 

Extrait Gebrayel 

Avant la fusion heureuse, attention à la confusion nous dit la musique…

La musique, en avance des sociétés, se reconstruit, comme des plaques dérivantes s’assemblent et créent de nouveaux continents.

Mais voilà, on peut perdre ses repères, quand de nouvelles lignes se dessinent.  Il faut écouter ceux qui, ayant eu la chance, ou la malédiction, d’appartenir  à plusieurs cultures, sortent du ghetto de leurs communautés pour s’adresser au monde en sonnant fort la musique d’un peuple qui ne se connait pas encore, le peuple des déracinés, ceux qui ont les attaches libres et non plus enfoncées dans la terre des préjugés, ceux là avancent, tantôt vers l’est, mais cette fois, c’est vers l’Ouest que nous mène Ibrahim Maalouf, comme les arbres…

Extrait Radio Magallanes 

  • Légende du visuel principal: Ibrahim Maalouf en concert au Stade Pierre Mauroy à Lille en 2017 © Getty / Sylvain Lefevre
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