Ce matin dans le cadre de la semaine que France Inter consacre à Bruce Springsteen, André Manoukian nous livre sa lecture du Boss...

L'antique et humble injonction Franciscaine tendance Cabrel qui disait : « Tout ce que je dis est dans mes chansons, le reste est superflu » n'a pas survécu à la révolution numérique. Le Bruce, le mighty Bruce, le Springsteen, le héros du peuple antique, le working class hero pour paraphraser Lennon, sacrifie lui aussi aux nouvelles coutumes numériques. Désormais, il faut donner du contenu, montrer, se mettre ou plutôt se remettre en forme. En forme de quoi ? De documentaire.

L'évènement, c'est que désormais les Dieux descendent sur terre, pour se livrer à leurs adorateurs. 

Si les statues des divinités égyptiennes quittaient leur temple une fois l'an pour être montrées au peuple, aujourd'hui la procession est orchestrée par Netflix. A 16h, les auditeurs de France Inter pourront découvrir en exclusivité les premières images de ce documentaire sur franceinter.fr.

Fini le temps fluo d'MTV, finis les clips exotiques western santiags et crotales, fini le temps des stades ou le seul sous-texte des chansons était du body langage. Après le temps des cathédrales, il est (re)venu le temps des théâtres. C'est dans l'un des plus petits de Broadway que Springsteen a planté son bivouac.

Il est urgent que les Jupiters descendent de l'Olympe, on veut de l'intime, du one to one, du tête à tête, on veut la toucher l'idole, la sentir, la humer, la déguster. Le public est cannibale, les Chrétiens mangent Jésus depuis 2 000 ans, après tout ingérer un artiste est la manière la plus intime de se l'approprier.

Est ce qu'il a encore bon goût, Bruce Springsteen ?

Il faut reconnaître que malgré ses soixante-dix printemps approchant, il est bien goûteux, légèrement boucané, et d'une grande tendresse. 

En fait, sa voix oscille depuis le début entre deux pôles. Il le dit lui-même, comme notre Johnny national, c'est la découverte d'Elvis Presley qui va lui procurer le premier électro-choc, cette décharge qui vous secoue un homme et lui fait rencontrer sa vocation. Le second choc sera Bob Dylan. La poésie inouïe de ses textes, unique dans le monde du rock.

Entre le rock d'Elvis et la folk de Dylan, entre les batteries aux caisses claires de stadium et la guitare acoustique doucement grattée, entre le cri primal et la plainte, entre la performance et la mélopée, Springsteen nous tisse depuis ses débuts, un itinéraire qui va de l'infiniment grand à l'infiniment petit, et qui réussit cette quadrature du cercle que beaucoup pourraient lui envier : Comment rester gigantesque dans un petit endroit ?

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Bruce Springsteen (ici sur une scène new-yorkaise en novembre 2018) © AFP / Brian Ach / GETTY IMAGES NORTH AMERICA
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