La météo sonore est incertaine, mais c’est très bon, avec "Uncertain Weather", le dernier album de Lou Tavano…

Capture d'écran du clip officiel du groupe sur Youtube  @Lou Tavano "Lou Tavano - Simple Ways To Be (Live at Kelsea's)"
Capture d'écran du clip officiel du groupe sur Youtube @Lou Tavano "Lou Tavano - Simple Ways To Be (Live at Kelsea's)"

Lou Tavano nous emmène vers des territoires sonores inouïs, illustrant la vision de l’artiste par Gilles Deleuze : 

Un peintre digne de ce nom doit chercher aux limites de la couleur, un écrivain digne de ce nom doit écrire aux limites du langage,  un  philosophe digne de ce nom doit chercher aux limites de la pensée, un  musicien digne de ce nom doit aller aux limites du son.

Lou Tavano, au-delà des chanteuses de jazz, invente un nouveau son, jouant du velours de sa voix pour créer des textures qui s’étirent dans le temps et l’espace.

La forme classique d’un standard de jazz, le thème deux fois, le refrain, puis le thème à nouveau, A A B A : non, trop confiné pour elle. Le cadre rythmique du swing, même si il y a dans son battement une incertitude temporelle qui lui donne toute sa saveur : non plus,  trop rigoureux. Tout ça  doit voler en éclats, comme s’il avait fallu à son pianiste alter ego compositeur Alexey Asantcheeff une toile avec un cadre plus large, une palette sonore avec des nuances infinies, avec l’injonction de la chanteuse, comme une épreuve pour évaluer sa créativité, à la façon de Peau d’Âne qui pour repousser les avances de son père lui demandait une robe couleur du temps, et bien Alexey a réussi à dessiner un album couleur du temps, qui s’appelle justement Uncertain weather.

Tout vibre dans cet album, d’une vibration ample, large, puissante, le violoncelle de Guillaume Latil répond à la voix de Lou Tavano, la pulsion de la batterie devient battement de cœur, le calme et la tempête alternent, et nous voilà embarqués dans un véritable ascenseur émotionnel, au gré des variations de la chanteuse.

Cet album fut une thérapie. Le pianiste et la chanteuse composent à quatre mains, ensemble depuis douze ans. En 2016 , ils traversent soudain des épreuves  qui mettent leur couple en danger. Pour se retrouver, ils se réfugient dans les Highlands, en Ecosse, une maison de famille d’Alexey Asantchev, vide, en vente, au milieu de laquelle trône un piano désacordé.

Elle écrit, des textes pour expulser son mal être qui vite prennent la  forme de l’espoir.

L’écriture libère les humeurs des corps et des âmes, les humeurs qui, pensaient les grecs, viennent de la rate, la rate qui se dit spleen dans la langue d’Homère. La boucle est bouclée, le spleen chanté libère du spleen éprouvé.

Cet album est une thérapie, pour ceux qui l’ont fait et pour ceux qui l’écoutent. Soyez nombreux.

Titres (ou extraits de titres) entendus à l'antenne

Dans l'ordre de diffusion :

The Dancer

Memories of tomorrow 

You see me now 

Le fil de la vie 

Quelques clips

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