Suite de notre semaine spéciale Alain Bashung avec ce matin une rencontre au sommet Bashung/Gainsbourg, qui a donné un album quasi expérimental devenu culte : "Play Blessures".

Il arrive un moment où un chanteur veut exister par lui-même.

Si son succès ne dépend pas de lui, il peut aller jusqu’à en vouloir à son auteur. Et dès qu’il peut, il veut reprendre son destin en main. Préférant, quitte à aller dans le mur, prendre le volant, plutôt que se laisser conduire tranquillement sur l’autoroute du succès.

La nature humaine est ainsi faite.

Après avoir galéré 14 ans, et s’en être sorti grâce à la plume de Bergman, Bashung remet tout en cause et veut profiter de l’élan pour reprendre la main

On est en 1981. Il vient d’enregistrer une musique de films pour Arrabal avec une bande de zicos qu’il sent bien. Dans la foulée, ils se retrouvent en studio pour un nouvel album quasi expérimental, new wave, sans contraintes et sans textes

Comment on fait pour chanter quand on n’a pas encore de textes ?

On reproduit des onomatopées rappelant la langue de Shakespeare : deux trois yeah bien sentis, un peu de ouaneguen, et selon qu’on adopte la technique du yaourt plein la bouche ou du lavage de dents pour faire du son, ça donne du yaourt, ou du lavabo. Après, il faut adapter en français.  

Quand Bashung apprend que Gainsbourg est chaud pour collaborer, il lui refile tous ses yaourt et Gainsbourg se met à l’œuvre. 

Ils partent pour faire trois chansons ensemble et s’entendent tellement bien qu’ils vont faire tout un album, Gainsbourg acceptant pour la première fois de sa vie de cosigner.

"Play Blessures" : l’album le plus radical de Bashung ?

Oui, s’il est devenu culte avec le temps, à sa sortie, il désarçonne tout le monde, rock critiques et public..

Distorsion des sons, des images, voix noyée dans la réverb....

Ce que cherche Bashung, c’est construire un futur intransigeant. Il craint d’être enfermé dans le cliché du chanteur à succès. Peut-être sent il qu’il pourrait glisser du côté de Jessie Garon, est-ce la peur de ce vertige-là, qui fait sentir qu’on n’est qu’à une encablure de chanteurs qu’on ne respecte pas forcément…

  • J'dédie cette angoisse à un chanteur disparu, 
  • mort de soif dans le désert de Gaby
  • respectez une minute de silence, 
  • faites comme si j'étais pas arrivé

En tout cas, cet album va devenir sa boussole, indiquant le nord des affranchis, sous le haut patronage d’un Dionysos antique et cornu et du saint patron de la chanson littéraire, Saint Gainsbourg... 

En vidéos :

  • Légende du visuel principal: Alain Bashung en 1982 © Getty / Philippe Wojazer
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