Ce matin, une conversation entre flamenco et Rn’b, elle s’appelle Rosalia et nous vient de Barcelone…

Rosalia durant le MTV EMAs 2018
Rosalia durant le MTV EMAs 2018 © Getty / Andreas Rentz/MTV 2018/Getty Images for MTV

Certains disent qu’une chanson, c’est d’abord un rythme, mais allons plus loin, si c’était le rythme qui faisait la poésie ?

L’Illiade et l’Odyssée étaient récités bien avant d’être écrits, la scansion appliquée aux phrases permettait au récitant de mémoriser le texte. La langue grecque chantait. Appuyée sur le rythme, elle frappait l’imagination et les mémoires.

Quand on entend Rosalia, on a envie de dire quelle bonne idée, quel coup de génie, pourquoi personne n’y a pas pensé avant ?

Peut être parce qu’il fallait attendre le talent de Rosalia, du haut de ses 25 printemps, pour illuminer de grâce tout ce qu’elle touche : le flamenco et le rnb. Deux éléments qu’aucun grand chef n’avait songé à mêler...

D’aucuns pourraient dire : mais c’est Rihanna qui rencontre Paco de Lucia.

Non, c’est pas comme ça que ça marche, ça ne serait qu’un mauvais pitch sorti d’un diafoirus de marketer.

Il n'y a pas de marketing qui tienne quand il y a du génie. Le génie d’un peuple, les gitans, d’une musique, le flamenco, qui a traversé le monde, des bords du Gange jusqu’au Guadalquivir, et d’une jeune chanteuse, qui mêle avec tant de naturel le duende et la soul...

Le duende, cet état de grâce, ce moment où le chanteur, dans un mouvement qui vient de son intérieur, se connecte avec le surnaturel, et le rend palpable avec ses bras qui dessinent des formes célestes et ses pieds qui dans un impérieux commandement frappent le sol pour réveiller les esprits de la terre.

Si le chant de Rosalia nous touche tant, c’est qu’il réunit deux mystiques, celle du cante Jondo, littéralement, chant profond en espagnol andalou, et celle de la soul music. Dans sa voix, les vocalises mélismatiques, les arabesques, les éclats de voix brute se mêlent à la vibe du gospel.

Quand le sacré rencontre le sacré, sous la houlette de Pablo Diaz Reixa, dit El Guincho, jeune producteur électro à la classe suprême qui nous donne l’essentiel de la pulse avec quelques palmas, et des grosses lignes de basse.

Pourtant, ni Rosalia, ni lui ne viennent du flamenco, mais ils ont bossé pendant plus d’un an pour aboutir à cette conversation entre une performance millénaire et une musique électronique.

«La tradition est nulle et non avenue quand elle n’est plus contestée ni modifiée » disait T.S. Eliott, autrement dit, une musique est vivante tant qu’elle incorpore de nouveaux éléments.

Valle, Rosalia, canta, canta ! 

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