Ce matin, une voix magnifique, qui incarna le chant de la révolution de jasmin en 2011, Emel Mathlouthi et son nouvel album : Everywhere we looked was burning.

 Emel Mathlouthi, chanteuse tunisienne
Emel Mathlouthi, chanteuse tunisienne © Getty / Jack Vartoogian/Getty Images

Emel Mathlouthi fut la voix de la révolution tunisienne à son moment le plus pur. Elle incarna une émotion inédite, chantant seule au milieu de la foule indignée, dans son petit manteau rouge, ces paroles qu’une caméra capta, et qui mirent le feu à tout le Moyen-Orient : "Je suis libre et je n'ai pas peur, je suis la voix de ceux qui ne courbent pas l'échine, je suis le sens au milieu du chaos, je suis les droits des oppressés, qui sont vendus par les puissants''.

Le monde entier admira cette voix sortie de la nuit grâce au sacrifice d’un petit vendeur de légumes... 

Mais comme partout, l’élan s’est brisé. De sombres barbus aux tristes vertus remplacèrent les corrompus, et cette belle énergie portée par la jeunesse, portée par les femmes, fut confisquée avec le reste…

Alors Emel est partie, de l’autre côté de l’Atlantique, et aujourd’hui, son chant résonne comme une plainte...

Un chant sublime s’élève désormais de l’autre côté de l’Atlantique. Un chant inspiré de son peuple qui décidément a tant de mal à se prendre en main, ce peuple qui n’échappe pas à cette fatalité orientale, entre la peste d’un despotisme moderne et le choléra d’un archaïsme vertueux aux pulsions morbides.

Un mollah explique : La voix chantée de la femme se transforme pour donner du plaisir, et aucun homme décent ne devrait ressentir d'excitation sexuelle.

Comme il a raison ce mollah, le chant est ce véhicule paradoxal qui porte une extase à la fois spirituelle et érotique, voilà pourquoi de tous temps les religieux de tous bords voulurent contrôler la musique, en la réprimant, ou en l’enseignant. 

Emel est désormais citoyenne du monde, et pour prendre le monde à témoin, chante en anglais, sans rien renier de ses origines, rendant sa plainte universelle. La voix de la jeune fille au manteau rouge s’est muée en un chant cinématographique, une bande-son d’une puissance telle qu’elle évoque les images d’un film que chaque auditeur peut se faire

Un chant qui résonne comme un hymne, que tous les damnés de l’Orient peuvent brandir, comme un drapeau né dans la flamme d’un petit briquet, isolé dans une foule, en 2011, pendant la révolution de jasmin, et qui devient aujourd’hui une clameur mondiale et magnifique. 

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