On ne présente plus Norah Jones, et pourtant force est de constater que le charme intact de son dernier album opère, comme à ses débuts, et vous nous dites pourquoi.

"Pick me up off the floor", le nouvel album de Norah Jones
"Pick me up off the floor", le nouvel album de Norah Jones © AFP / JAMIE MCCARTHY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

C’était en 2001. Un appel raccroché sur le répondeur de Bruce Landvall, le Boss de Blue Note, le mythique label de jazz fondé par Alfred Lion, juif allemand ayant fuit le nazisme en 1938. Coltrane, Monk, Herbie Hancok, Miles Davis, tous sont passés par Blue Note, qui avait la particularité de payer des répétitions aux musiciens avant les séances, d’où la qualité des enregistrements, au lieu de la jam habituelle, qui au demeurant a donné aussi son lot de chefs d’œuvres. 

Bruce Landvall rappelle une personne de la compta, qui ne reporte pas à lui normalement. Par simple courtoisie. La jeune femme au bout du fil n’en revient pas, elle est confuse, s’excuse. Elle a une amie qui chante et voudrait lui faire écouter. Il lui donne rendez-vous. Par simple courtoisie. L’amie très jeune, très timide, est serveuse, elle lui tend sa cassette. Qui compose ? Moi. A la fin de l’écoute : Mademoiselle j’ai l’honneur de vous dire que vous êtes signée chez Blue Note. La jeune fille s’épanouit, sa copine exulte. Je t’avais dit.  Il lui prépare un contrat, de débutante. 1 000 dollars d’avance. Un tout petit budget pour le disque, intimiste, enregistré en quartet. Quelques mois plus tard, il s’en vendra 20 millions d’exemplaires dans le monde. Voilà ce qui arrive quand un patron est à l’écoute et qu’il répond... par simple courtoisie.  

Ce n’est pas du jazz, c’est du folk jazzyfié. La contrebasse chaude, ronde, rebondit langoureusement, le piano minimaliste appuie sur les tensions entre les harmonies simples, et surtout la voix, comme une caresse, console, sans les oripeaux désormais obsolètes de la vamp attitude. Nora Jones avec sa voix de bébé envoûteur a charmé toute la planète, et renvoyé toutes les divas du monde au musée.

La girl’s next door attitude, pas de réverbération, pas d’effet, pas de vibrato, un chant pur, une voix mezzo d’éternelle ado.

Gaetali NoraH Jones-Shankar naît à New York, elle est la fille de Sue Jones et de Ravi Shankar, le grand maître de sitar indien qui joua avec les Beatles et qui  abandonna sa fille à l’âge de 4 ans. Elevée dans la banlieue d’Austin, Texas, elle prend des cours de piano et affine sa voix dans les Gospels tout en dévorant  les disques de jazz de sa mère.

Retour à New York, elle constitue son propre groupe, écume les bars, fait la serveuse,  et va composer près d’une centaine de chansons avant de rencontrer Mr Bruce Landvall, qui un jour, répondit à sa copine qui travaillait à la compta de Blue note, par simple courtoisie…

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