Ce matin, un prodige, Jacob Collier, jeune musicien anglais multi-instrumentiste, en plus d’être un chanteur remarquable…

Attention, ce matin quadrature du cercle, transmutation alchimique, miracle sonore, ce matin, on arrive à nouveau à concevoir des lendemains qui chantent, en tout cas dans cette matinale, ça chante grave, ça enchante, même, et c’est pas pour vous faire déchanter, mais cette chorale magique est composée… d’un seul  chanteur.

Par la grâce de l’enregistrement multi-pistes, le jeune Jacob Collier nous fait les Singers Unlimited à lui tout seul

Les Singers Unlimited, c’est ce groupe vocal qui faisait des arrangements vocaux à sept voix.

À sept voix ça ne veut pas dire qu’ils étaient sept chanteurs, ça veut dire qu’ils chantaient des accords à sept sons. Sachant que l’accord parfait a trois sons, en gros do mi sol, un accord à quatre sons vous voit rajouter la 7e, un accord à cinq sons la 9e et un accord à six sons la 11e... et un accord à sept sons, la 13e. Inutile de vous dire que là, on attaque dans le dur de l’harmonie, on y va dans la tension, et il faut avoir un sacré tour de patte pour vous faire couler ces enrichissements d’accords hyper sophistiqués de la manière la plus fluide qui soit. En gros, avoir une technique de malade doublée du génie de la faire oublier. 

Jacob Collier, enfant de musiciens et d’internet, un mix de Mozart, de R2D2, de Rémi Bricca et de Quincy Jones.

C’est ce dernier qui l’a découvert d’ailleurs. Le môme postait sur la toile des vidéos où  il chantait Stevie Wonder avec le même feeling que papy en jouant tous les instruments, piano, basse, guitare batterie. Oui y a des gosses qui peuvent énerver, sa mère violoniste prof de musique et chef d’orchestre à l’Académie royale de Londres et son grand-père violoniste y sont sans doute pour quelque chose.

Cette tradition d’harmonies vocales sur des chansons pop, elle vient de loin 

Oui, fin du XIXe siècle, sud des Etats-Unis : les salons de coiffure. La barber shop music est née de la convivialité spontanée des hommes qui faisaient la queue chez le barbier, et qui se mirent à chanter. Au début, des airs populaires que tout le monde connaissait, mais comme nous sommes vers la Nouvelle Orléans et que la musique y est la première religion, petit à petit, pour étoffer ces chansons, on se met à les harmoniser, à deux voix, puis trois, puis quatre, et bien vite, il fallut des partitions, que le barbier tenait à la disposition de ses clients. Et tout le monde pouvait s’en emparer et chanter selon sa tessiture. Bien vite des concours furent organisés dans tout le territoire américain, et aujourd’hui, ils sont particulièrement en vue. C’est cette tradition vocale ancestrale que reprend, outre atlantique, Jacob Collier.

  • Légende du visuel principal: Jacob Collier © Getty / Frank Hoensch
L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.