André Manoukian nous présente le premier album de Voyou

Chanteur, mais aussi trompettiste, guitariste... touche-à-tout le Voyou !
Chanteur, mais aussi trompettiste, guitariste... touche-à-tout le Voyou ! © Maxppp / Frédéric Dugit

La transe électronique a ceci de commun avec la transe des origines, c'est qu'elle est basée sur la répétition, tourner sans fin, jusqu'à perdre la tête, ou plutôt perdre le mental, jusqu'au fameux  lâcher prise. Des bacchanales dédiées à Dionysos aux Derviches tourneurs en passant par les danses des Navajos, ou les pèlerins tournant sur le labyrinthe dessiné sur le sol de la cathédrale de Chartres, l'idée c'est de perdre son moi pour ressentir son appartenance au grand tout qui nous dépasse et dont on fait partie pourtant. 

Cette reconnexion avec l'extension immense de nos petites personnes, cette révélation, peut advenir par la musique, la méditation, la prière, ou l'absorption de substances illicites mais cette dernière méthode a des effets secondaires fâcheux. Tout ça mène à l'extase, et participe à  la définition de la joie chez Spinoza.

En ce sens, Voyou est donc un chanteur spinoziste..

Au delà de la répétition, la simplicité enfantine de la rengaine, l'emploi de la fameuse gamme pentatonique, qui relie toutes les civilisations et possède en elle cette injonction à la réplication sans fin  pour qu'elle fasse sens..

Cet archétype des sociétés premières, ce manifeste tribal donne le ton. Nous voici revenu au temps des tribus. Ces fameuses tribus culturelles dont nous parlait le sociologue Michel Maffesoli dans les années 80 et qui sont la réponse à l'angoissante globalisation.

Se retrouver, physiquement, reconstituer la proximité de la vie de quartiers,  la demande jaillit spontanément de partout, des ronds points des gilets jaunes à ceux qui en ont marre des communautés haineuses dérivées monstrueuses des réseaux sociaux 

Chanteur tribal urbain, racontant le quotidien des Lucien de Rubempré post modernes, les éternels provinciaux  qui viennent frotter leur art aux grandes capitales cosmopolites pleines de promesses,  mais capitales qui vous recrachent comme un vieux chewing gum si jamais vous n'êtes pas au point...

Voyou nous raconte aussi la liaison heureuse de la chanson française avec l'électro, la première rendant la seconde organique et la seconde rendant la première .. inédite..

L'art de la simplicité : aujourd'hui beaucoup de poètes bricolant les logiciels de leur pc deviennent autant de peintres naïfs, sortes de Douanier Rousseau rendant  aux paysages urbains leur beauté cachée.
 

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