Ce matin, Solange Knowles nous montre comment gagner un prénom, quand votre sœur s’appelle Beyoncé, en produisant un des objets sonores les plus excitants du paysage afro soul…

Il y a un tel relâchement dans la musique de Solange Knowles, que c’en est une leçon de vie.

Le relâchement, cette vertu absolue de l’athlète et de l’artiste, du marathonien comme du musicien. Relâcher le muscle en plein effort pour éviter la tétanie. Relâcher ses cordes vocales pour éviter l’irritation. Relâcher les liens de famille pour se fabriquer un son, unique et envoûtant.

En d’autre temps, le relâchement c’était le cool : le Jazz Cool, c’était la défense des _jazzmen black  _dans l’après-guerre raciste de la société américaine, réponse esthétique d’une élégance absolue, qui transforma les réprouvés des ghettos en néo aristocrates formant la caste la plus hype des musiciens.

Les vrais aristos ne s’y trompant guère comme la baronne Panonica de Konigswarter qui devint leur égérie.

Aujourd’hui, si Beyoncé est la Queen of Pop, Solange est la déesse de la new soul, ou devrais-je dire, la nue soul…

Solange, c’est le Stevie Wonder des débuts qui croise FKA twigs.

Les synthés analogiques sans reverb' en contrepoint savants au chant lascif, structuré par des infra basses chaloupées, un CP-70 cette tentative de piano à queue électrique de la fin des années 1970 qui fut un fiasco mais qui sonne terriblement vintage, les chœurs savants mais extrêmement doux, une clavinet wah wah qui miaule dans un coin à gauche du spectre sonore, seule incursion stéréo parce que là aussi, on a évité la joliesse d’un son trop large et aguicheur.

Comment Solange se démarque-t-elle de sa puissante sœur Beyoncé ?

En se  réfugiant dans une intransigeance qui attire le respect de tous. Mais plus qu’une attitude, c’est un véritable destin qu’elle se trace, enfin. 

Celle qui dans dansait à  15 ans derrière les Destiny’s Child, gagnant ainsi une proximité avec sa grande sœur qui ne la lâchera jamais, s’est dessiné un monde, sonore et visuel, qu’elle arbore sur ses pochettes, son portrait en plan américain toisant les gens impavide et bienveillante, à la façon d’une Frida Kahlo. 

En musique, Solange nous apaise et construit des lignes de forces claires dans le chaos musical environnant, puisant à la source de la Soul, du jazz, de la drum and bass, du hip hop. Si les producteurs sont américains, le son est anglais… 

Sobre et total, désarmant de simplicité, définitivement mystique et du côté féminin de la force.

Quelques musiques de Solange Knowles

  • Légende du visuel principal: Solange Knowles © Getty / Daniel Zuchnik/WireImage
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