Le deuxième album d’un trio qui emmène le jazz au-delà de ses frontières et qui nous propose un parcours à la fois érudit, ludique et onirique : Foehn trio…

Capture d'écran de la vidéo Foehn trio - « Danse pour Gaïa »
Capture d'écran de la vidéo Foehn trio - « Danse pour Gaïa »

La trompette d’Eric Truffaz, à l’instant, parce qu’on a besoin de voyager par ces temps de réclusion plus ou moins spirituelles. Je vous emmène vers les Alpes, Nicolas, humer les délices d’un vent chaud, le Foehn, F.O.E.H.N, un vent qui après avoir suivi la pente ascendante d’une montagne redescend sur l’autre versant, et comme l’altitude décroit, la pression augmente, alors il se compresse, donc il chauffe, et il nous réchauffe. SI j’ai fait ma Marie-Pierre Planchon, c’est parce que la météo intime du trio est à l’image de la météo atmosphérique du vent qui les nomme. 

Nappes de brouillard, nuages roulants sur les flancs de granits noirs, folles envolées soudaines, l’air chaud rend fou, à l’image des rythmiques aériennes et compactes à la fois du batteur du trio. 

C’est la nouvelle rhétorique des trios pianos, depuis les américains de  Bad Plus il y a 20 ans, les suédois d’E.S.T, et plus récemment les anglais de GO GO Penguin, une nouvelle rhétorique à base d’ostinato, de répétition systématique d’un rythme qui permet la transe. 

On n’est plus dans le swing, ce balancement ternaire et joyeux, on est dans l’insistant, on est dans la cellule qui s’enfonce profond dans nos épidermes, comme le délice renversé de la goutte du supplice chinois, et Dieu sait si on commence à s’y connaitre en supplice chinois. 

Comment ce jeune groupe tire-t-il son épingle du jeu au milieu de tous ces anglo-saxons? 

Le charme de l’école française, le charme de l’école française. Debussy et Satie sont passés par là, l’impressionnisme français contre la pesanteur Wagnérienne ..

Ce revirement rythmique marque peut-être un retour du grand public vers le jazz, qui fut une musique de danse, il y a bien longtemps, au temps des bigs bands de l’entre deux guerres, et qui devenant indansable dans les années 50 sous les tempos furieux de Charlie Parker qui inventait le be-bop, se réfugia dans les clubs. L’irruption aujourd’hui de ces rythmiques fortes et répétitives, enrobées de nappes atmosphériques sur lesquelles les solos se déploient comme des arabesques peut parfois rejoindre le monde des amateurs de rock alterno,  qui sur scène regardent leurs chaussures et leurs pédales de guitare tant ils sont dans l’introspection…

L’introspection, la transe, la répétition, l’impressionnisme, Debussy et John Adams, c’est tout ça à la fois FOEHN TRIO ! Les gars, préparez-vous à décoller dans vos chambres, un casque bien vissé sur la tête pendant que vos enfants calent sur la trigonométrie et qu’ils vous jettent un regard à la fois désespéré et furieux, regard auquel vous répondrez par un vrai sourire idiot. C’est comme ça qu’on apprécie le mieux la musique… 

Chansons entendues à l'antenne

Dans l'ordre de diffusion à l'antenne :

  • Old Ocean 
  • Danse pour Gaïa 
  • Gnossienne  
  • La vengeance de Mme Carle 
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