A peine rentré, et déjà une invitation au voyage autour de l’album : « Farangui, du baroque à l’orient », du contrebassiste Renaud Garcia Fons et Claire Antonini, joueuse de Théorbe, ce luth italien à très… très long manche…

Extrait Sylvains d’Orient

Si aujourd’hui la route vers l’Orient fascine les musiciens occidentaux, ce n’est pas pour le plaisir frauduleux d’un exotisme de pacotille. Au-delà d’un voyage vers un espace fantasmé, l’Orient nous rappelle nos origines, nous fait entendre des notes qui résonnent encore en Occitanie, en Bretagne, en Corse, en Provence, en Bourgogne, en Flandre, en Catalogne… C’est vers la jubilation de nos régions que nous ramènent Renaud Garcia Fons et Claire Antonini, celle des particularités, celle d’avant l’académisme imposé par la Révolution française où, dans le but pourtant louable de rendre la musique accessible à tous, on a uniformisé son enseignement, en décrétant par exemple que désormais il n’y avait plus qu’une seule manière de tirer l’archet, et tout le monde s’est mis à sonner pareil, et dans le même mouvement, on a enlevé au musicien la décision de son jeu, pour en faire un lecteur de notes, laissant le compositeur penser à sa place.

Extrait Nove alla turca 

Farangui, en persan, ça veut dire l’étranger, le visiteur qui vient offrir les trésors de sa culture, l’ambassadeur qui fait découvrir son terroir, l’étranger qui nous enrichit plutôt qu’il nous envahit.

Les Persans ont codifié la musique comme personne, nommant les subtilités infimes et infinies qui agencent les intervalles entre les notes ainsi que les combinaisons rythmiques. Par la grâce de mélodies envoûtantes, ce qui pourrait n’être qu’une science hermétique nécessitant une longue initiation devient aussi limpide qu’un chant de berger, qu’une incantation transie d’un amoureux au coucher du soleil.

Extrait Capona 

André on entend jaillir des sons étonnants de la contrebasse de Renaud Garcia Fons…

Oui Nicolas, cet instrument d’habitude cantonné aux basses sonne tantôt comme une guitare flamenco, tantôt comme un oud, tantôt comme un ney.   Renaud Garcia Fons fait spectaculairement chanter son instrument, emmêlé aux accords majestueux de Claire Antonini sur son Théorbe, ce luth fantastique qui régnait sur la Renaissance. 

Les anciens parlaient des trois musiques, la musique des planètes, la musique des hommes et celle des instruments.  La première, qu’on n’entend pas, porte l’harmonie de l’Univers, la deuxième nous fait entendre la perfection du monde, et la troisième permet à l’homme d’imiter le créateur. La musique classée aux côtés de l’arithmétique, de la géométrie et de l’astronomie, englobait toutes ces disciplines, voilà pourquoi elle était considérée comme un art suprême, et ça, on l’entend dans l’album, Farangui. 

Extrait  Comme un derviche amoureux 

  • Légende du visuel principal: Renaud Garcia Fons © Getty / Christian DUCASSE
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