Rencontre au sommet entre les Etats-Unis et l'Afrique autour de l'album "Global Griot", du bluesman new yorkais Eric Bibb.

Eric Bibb, fils de jazzman, choisit le bues - et ce contre toute attente, à une époque où les musiciens  travaillaient les phrasés les plus complexes sur des substitutions harmoniques alambiquées. 

Lui, prend la musique la plus simple en apparence, même si elle est  aussi la plus difficile qui soit, parce que justement, son matériau est réduit à l'essentiel, trois accords et cinq notes. On a extrait de notre gamme le fa et le si, les deux notes sensibles qui déséquilibrent et provoquent la dynamique, pour se retrouver avec une gamme pentatonique (penta : cinq en grec) qui du coup  sonne  pudique, universelle, qui relie toute l'humanité et dont se sert François Truffaut pour communiquer avec les extra-terrestres dans Rencontre du troisième type

La semaine dernière, je vous parlais du fantasme des musiciens afro-américains en quête de leurs racines africaines, fantasme puisque toutes les tentatives de rapprochement avaient échoué, à commencer par l'énorme machin nommé "rumble in the jungle", en 1974, en marge de la rencontre Mohamed Ali / George Foreman, qui avait rassemblé à Kinshasa James Brown et toute la fine fleur de la soul américaine. Rien n'avait abouti et les soul brothers étaient rentrés bredouille et frustrés à New York.

Jusqu'à ce que Habib Koité, chanteur star du Mali, n'écoute la guitare bluesy d'Eric Bibb, et se dise, à propos de son jeu de pouce, "mais, il joue comme un malien celui là". Rendez vous est pris en studio, à Londres, et voilà un dialogue au sommet entre le blues du bayou et la source de toutes les musiques, l'Afrique des griots.

Le blues est un frisson convulsif qui touche le bas ventre.

C'est Robert Johnson qui a prononcé cette phrase, le fameux guitariste du Mississipi dont la légende veut qu'un soir, dans les années 1930, sur la route de Memphis, il rencontra le diable qui lui apprit les accords magiques en échange de son âme.

Le gospel était la musique de Dieu, le blues la musique du diable.

Sauf que quand on entend la kora de Solo Cissokho, c'est la harpe des anges qui nous parle.

La gamme du blues se retrouve dans toutes les cultures du monde, en Afrique, chez les Indiens d'Amérique, en Chine, chez les Celtes. Elle  rassemble l'humanité, elle est le langage commun rêvé, l'espéranto. 

"Global Griot", c'est la bonne nouvelle d'Eric Bibb. Profitons-en, c'est pas tous les jours qu'on a des bonnes nouvelles du monde global !

  • Légende du visuel principal: Eric Bibb © AFP
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.