Une fusion étonnante entre des chants traditionnels d’Anatolie et des arrangements pop-psychédéliques très 1970es : c’est Derya Yildirim et le groupe Simsek.

Mais que c’est bon, mais que c’est bon, on dirait un chant occitan du XIe siècle…où quand les Doors rencontrent une Princesse Ottomane.

Depuis le temps que je suis aux aguets, à traquer le moindre joueur de stérilet afghan, ou l’ultime chamanou (féminin de chamane). Et là sur quoi je tombe ? Une pépite. Mais où ils étaient les gars, coincés dans un ashram d’une vallée perdue de Capadoce ?

En fait c’est à Hambourg qu’ils se sont rencontrés, lors d’un festival. Elle chantait seule avec son saz, ce luth oriental au très long manche. Eux, l’orchestre Montplaisant, musiciens avec des oreilles énormes ouvertes sur le monde. Quand ils l’ont entendue, ils se sont dit qu’ils ne pouvaient pas passer à côté de la belle Derya et ils créent le groupe Simsek..

Derya Yildirim, allemande d’origine turque, Antonin Voyant , français, Graham Mushnik, anglais, Andrea Piro, Italien, Greta Eacott, batteuse et anglaise.. Ils se disent membres de la première Outernationale. "Outlandish" : Deleuze traduit ce mot anglais par "déterritorialisé". 

Un territoire ne vaut que s’il est quitté. La musique de l’exil en somme, la plus belle, la plus poignante.

Le chant de Derya nous relie tous, quelle que soit notre origine, un chant de gorge, modulant de sublimes inflexions, frisant les quarts de tons, qui nous transporte l’âme. On entend toutes les influences dans le chant de cette jeune turque, des mélodies savantes ottomanes, des mélopées kurdes, grecques, des poèmes alevis, des chants arméniens, des rythmiques des balkans, le tout enrobé d’une sauce psychédélique avec des riffs d’orgue à la Ray Manzareck, et des synthés seventies sous substance psychotropique chamanique..

En fait la musique n’a jamais cessé de circuler entre Orient et Occident. Et aujourd’hui la musique reste le dernier témoin de l’harmonie qui régnait entre tous les peuples de l’Empire Ottoman, du moins, jusqu’en 1894 date des premiers massacres contre les Arméniens en Cilicie.

Mais bien avant, quand François 1er s’allie avec Suleiman le magnifique pour faire chier son cousin Charles Quint, en gage d’amitié, on échange des musiciens. Les uns découvrent le plein chant, les autres les rythmiques impaires… Plus tard Mozart et Beethoven entendent leurs premières cymbales grâce aux Janissaires. Des joutes d’improvisation avaient lieu dans les hautes vallées du Causase. C’est cet Orient heureux que l’on entend dans la voix de Derya Dildrim et groupe Simsek, dans une fusion exprimant le regret d’un paradis perdu..

Extraits diffusés à l'antenne

Uç kiz bir ana 

Kar Yagar 

Dom dom Kursunu 

Seni Hala 

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  • Légende du visuel principal: Un des disques de Derya Yıldırım & Grup Şimşek
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